Hommages à notre camarade Emilio Madrid Expósito

Publi? le 5 août 2011 dans Echos de la Gauche Communiste


 

Notre regretté camarade Emilio Madrid Expósito est décédé ce mercredi 3 août, à l’hôpital de Reus (Tarragone) vers sept heures du matin. Il était également le fondateur et infatigable animateur des Edicions Espartaco Internacional. Ses funérailles ont eu lieu le 4 août au cours desquelles divers camarades lui ont rendu un dernier hommage :

 

Témoignage de C.Mcl de Controverses

C’est fin décembre 2009 que je suis entré en contact avec Emilio Madrid par l’intermédiaire de notre camarade Guy qui le connaissait de longue date. Dès nos premiers courriels, j’ai pu apprécier sa gentillesse, la clarté de ses jugements politiques et son enthousiasme à contribuer au projet de Controverses dans lequel il se reconnaissait pleinement.

En un peu moins de deux années de franche collaboration et malgré son grand âge, il traduisit un grand nombre de nos articles en espagnol, écrivit deux contributions pour notre revue ainsi que plusieurs notes critiques. De même, il traduisit et publia le travail sur la gauche russe réalisée par l’un de nos collaborateurs. Enfin, il contribua grandement à l’organisation pratique et au succès politique des deux débats publics que nous avons tenus à Barcelone les 10 avril 2010 et 2 avril 2011.

C’est à l’occasion du premier de ces débats que j’ai eu la chance de rencontrer Emilio pour la première fois. J’ai apprécié sa simplicité et son grand dévouement au combat de la classe ouvrière. Lui-même simple ouvrier toute sa vie durant, il a forgé ses convictions politiques en conjuguant son quotidien dans le monde du travail et ses lectures d’autodidacte. Ses connaissances historiques et politiques étaient impressionnantes et il savait les manier efficacement pour fonder ses convictions et appuyer son argumentation. J’ai également pu mesurer sa contribution significative à la diffusion des positions révolutionnaires en langue espagnole par son travail inlassable de traduction et de publication d’ouvrages de la Gauche Communiste dans la maison d’édition qu’il a fondée et à laquelle il consacrait toutes ses modestes économies : Ediciones Espartaco Internacional (Éditions Spartacus Internationales).

Malheureusement, le déclin de sa vue et la dégradation brutale de son état de santé fin avril 2011 ont ralenti nos échanges et sa participation à nos activités. S’il nous informait de l’évolution de son état de santé dans ses derniers messages, il se souciait surtout de sa contribution à notre travail : le relevé des ventes de Controversias dans les librairies de Barcelone, son regret de ne plus disposer de forces suffisantes pour s’impliquer dans le mouvement des Indignatos et sa peine de ne plus avoir les capacités de traduire notre matériel politique. Dans un sursaut d’espoir, il caressait encore la possibilité de traduire deux ouvrages écrits par nos collaborateurs et auxquels il tenait beaucoup.

J’ai perdu un compagnon de lutte et un ami, mais je n’oublierai jamais sa rencontre et son énergie qui étaient à chaque fois un renouvellement à continuer le combat. Tel était Emilio, une incitation permanente à poursuivre la lutte d’émancipation à laquelle il a dédié son existence. Mes pensées vont aussi à ses proches et à tous ceux qui l’ont soutenu dans ce moment douloureux.

 

Hommage de ses camarades de Barcelone

Emilio, en toute modestie et avec très peu de moyens économiques, a mené à bien un travail d’édition impressionnant, en mettant à la disposition des lecteurs de langue espagnole des textes indispensables pour l’histoire du mouvement ouvrier révolutionnaire : Herman Gorter, Anton Panneloek, Karl Korsch, Guy Sabatier, Gilles Dauvé, Ida Mett et d’autres encore. Il a traduit et publié les textes fondamentaux de la gauche communiste germano-hollandaise et de l’histoire des conseils ouvriers d’Allemagne, totalement inconnus en langue espagnole.

Sa connaissance des classiques marxistes, qu’il citait à bon escient, était connue et proverbiale et lui permettait d’analyser et de critiquer, en connaissance de cause, des phénomènes comme le nationalisme et le stalinisme. Lorsque Emilio parlait, tout le monde écoutait et réfléchissait. Émilio luttait aussi dans la rue, car il savait que sans le combat dans les entreprises et dans la rue il serait impossible d’en finir avec le vieux monde. Nous gardons en mémoire l’image d’Emilio, le 1er mai 2007, manifestant avec nous dans les rues de Barcelone pour rendre hommage aux prolétaires assassinés par le stalinisme en mai 1937.

Il laisse un héritage combatif aux jeunes générations qui pourront beaucoup apprendre en lisant tout ce qu’il a publié. Le mercredi 3 août 2011, à l’aube, à l’Hôpital San Juan de Reus, c’est un compagnon, un camarade, un ami qui nous a quittés. Le travail qu’il a réalisé nous encourage, son exemple nous stimule, et, surtout, nous continuerons à partager avec lui sa passion : changer le monde.

 

Hommage de Guy Sabatier, Paris

Qu’on ne s’y trompe pas ! Vingt ans après l’effondrement de l’URSS, un adversaire acharné du stalinisme vient de nous quitter. Emilio savait parfaitement le rôle contre-révolutionnaire qu’avait joué cette idéologie depuis la Révolution d’Octobre, en Allemagne, puis en Espagne en 1936-37. Il s’était donné les moyens, avec sa pension de retraité, pour la dénoncer impitoyablement aux yeux du prolétariat mondial. Ainsi, il publia, par le biais de ses Edicions Espartaco Internacional, le livre d’Agustin Guillamon Barricadas en Barcelona que traduisit Eulogio Fernandez en français et qui parut aux Cahiers Spartacus de Paris.

Quelle force de caractère ! Il croyait en ses capacités de conviction qu’il mit au service d’une œuvre individuelle et collective (tous les auteurs qu’il osa publier alors qu’ils n’étaient pas forcément connus en Espagne !). Il laisse un héritage révolutionnaire et c’est pour cela que les jeunes générations auront beaucoup à apprendre à la lecture de ses publications.

Un ouvrier communiste internationaliste qui maniait parfaitement la langue française s’en est allé ce matin, très tôt, mercredi 3 août 2011, dans un hôpital de Reus, près de Tarragone. Nous penserons souvent à lui dans la perspective de l’Humanité qui reste ouverte pour changer le monde d’un point de vue marxiste.

Il restera solide dans mon esprit.

 



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