Forum pour la Gauche Communiste Internationaliste
Pourquoi présenter cet ouvrage ?
Introduction de l’auteur
Interview de l’auteur
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Pourquoi présenter cet ouvrage ?
Très peu abordée dans le champ du marxisme, la démographie occupe pourtant une place centrale chez ses deux fondateurs, tant au niveau de leur critique de l’économie politique que du matérialisme historique. Songeons à l’importance conférée à la surpopulation relative dans le cycle économique [1] ; aux interrelations entre la population et la productivité du travail [2] ; à leur combat contre la théorie de Malthus [3] ; au postulat que chaque mode de production possède ses lois de population [4] ; ainsi qu’à l’extension de la définition du matérialisme historique à la reproduction de l’espèce [5]. Cependant, peu a été fait pour prolonger certains de ces premiers travaux laissés à l’état de pistes de réflexion.
C’est d’autant plus dommageable que beaucoup de marxistes révolutionnaires vivent encore au temps de l’explosion démographique et des famines ravageant le monde, alors que l’émergence de l’Asie et l’inversion de tendances démographiques pluriséculaires modifient la donne et imposent de nouvelles réflexions. L’un des mérites de cet ouvrage est de faire le point sur ces nouvelles tendances. Citons-en deux ayant de considérables implications :
1- Quasi-disparition des famines depuis une soixantaine d’années résultant de la vigoureuse croissance économique dans le principal continent concerné dans l’histoire : l’Asie (en rouge sur le graphique) [6]. En effet, alors que la population mondiale est multipliée par 2,6 entre 1960 et 2020, dans le même temps, le nombre absolu de décès pour cause de famines est divisé par quinze ! Dès lors, relativement à la population mondiale, il y a 26 fois moins de décès dû aux famines durant ces soixante dernières années en regard du siècle qui précède : 1870-1960 !
Population mondiale et décès de famines par continent, 1870-2020
2- Le nombre moyen d’enfants par femme est passé sous le seuil de renouvellement des générations pour plus de la moitié de l’humanité…
…induisant un frein à la croissance d’une population mondiale qui déclinera après un sommet vers 2080 à plus ou moins 10 milliards d’habitants :
La population décline déjà dans de nombreuses parties du monde : en Chine depuis 2022, en Europe depuis 2020, au Japon depuis 2011, en Russie depuis 1991… (85 pays seront concernés en 2050). Plus, les actifs européens de 25 à 64 ans diminuent en nombre absolu et relatif depuis 2015, alors que les plus de 65 ans représentent déjà près de 20 % de la population totale. Ce gain gratuit de forces productives se tarit : « La croissance de la population est également une de ces forces productives qui ne lui coûtent rien [au capitaliste]. Bref, toutes les forces sociales qui se développent avec la croissance de la population et le développement historique de la société ne lui coûtent rien » [7].
Naissances et décès en Europe (28 pays)
A- Ces évolutions impacteront le taux de profit à moyen et long terme comme le note Marx : « D’autres causes, qui peuvent par ailleurs agir sur le taux de profit, le faire baisser pour des périodes plus ou moins longues … le procès de production … doit nécessairement être reproduit par le travail et qu’il doit l’être sans cesse de nouveau. Le volume qu’a atteint son existence suppose donc un certain volume de population laborieuse, une population importante, qui est en soi condition de toute force productive… Point qu’il faudra développer davantage, mais seulement quand nous analyserons l’accumulation » [8].
De plus, alors que ‘la croissance de la population est une de ces forces productives qui ne coûtaient rien’ aux capitalistes, ceux-ci ressentent l’obligation de mettre la main à la poche pour rendre le travail compatible avec les familles à enfants de certains de leurs employés.
B- Les conflits militaires et leurs préparations sont aussi impactés par ces inversions de tendance. Ainsi, en plein déclin démographique, la Russie doit importer des soldats de Corée du Nord pour alimenter la boucherie humaine en Ukraine [9]. Macron appelle à un « réarmement démographique » – sous-entendu, la France a besoin de soldats ! Ainsi, les politiques natalistes de l’entre-deux guerres sont remises en avant un peu partout dans le monde.
Quelques illustrations
Une récente étude française du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan dresse les évolutions du marché du travail engendrés par le décrochage démographique … dont l’inversion du rapport de force entre salariés et entreprises :
« Pendant quatre décennies, le chômage de masse et le sentiment d’insécurité qu’il engendre pour les travailleurs ont avantagé les entreprises vis-à-vis des salariés. Il est plus facile pour les employeurs de négocier salaires et conditions de travail quand on sait qu’on pourra facilement remplacer les salariés mécontents ou partants. Ce n’est plus le cas aujourd’hui […] Cette raréfaction de la main-d’œuvre, qui a déjà commencé à produire ses effets, change la donne sur le marché du travail ».
Changement de donne dont le capital n’est pas prêt à payer la facture … expliquant ainsi pourquoi de nouvelles politiques font synergie avec d’anciennes. Il en va ainsi du retour des politiques natalistes jusqu’aux recherches sur les utérus artificiels, en passant par les normes européennes de taux d’activité, la robotisation accélérée de l’économie, l’introduction de l’IA pour remplacer le travail humain, les attaques contre le montant des retraites, le recul de l’âge du départ à la retraite, etc.
Ainsi, la Commission européenne publie des « prévisions » concernant les dépenses de retraite. Ces projections deviennent des « recommandations » obligatoires se traduisant par une stagnation, puis une réduction du niveau de vie relatif des retraités, alors que ce niveau avait régulièrement augmenté jusqu’au début des années 1990 en France :
Groupes révolutionnaires et démographie
En regard de toutes ces évolutions et conséquences, dont nous n’avons évoqué ici qu’un très bref aperçu, force est de constater que les groupes révolutionnaires actuels ont près d’un demi-siècle de retard. Que l’on en juge :
1- Voici comment la TCI – Tendance Communiste Internationaliste – répond à une question très pertinente de l’un de ses sympathisants concernant le lien entre la population et le taux de profit :
Question : « J’ai remarqué dans les écrits de Marx, Luxemburg et Grossman qu’ils abordent tous l’impact de la croissance démographique en relation avec la baisse tendancielle du taux de profit, et j’aimerais faire le lien ici. …tous s’accordaient à dire que la croissance démographique est une condition préalable et un produit de l’accumulation élargie. […] Il est clair que la population est un facteur important dans la croissance absolue de la plus-value. Considérez-vous que la croissance démographique a un impact important sur le taux de profit ou vice versa, et quelle est la signification de l’augmentation actuelle de la population ? » [10].
Réponse de la TCI : « Nous ne considérons pas que la croissance démographique ait une influence sur le taux de profit. À l’heure actuelle, nous avons des taux de profit faibles, un chômage élevé et une forte croissance démographique » [11].
Il y a une double erreur ici : Marx établit bel et bien un lien entre l’évolution de la population et celle du taux de profit (cf. supra), et ce lien va s’accroître sensiblement au vu des évolutions démographiques actuelles, comme noté très justement par l’auteur dans son interview ci-dessous : « Si l’on admet la démonstration de Marx sur l’indispensable existence d’une armée industrielle de réserve, on peut s’interroger sur sa capacité à résister à un déclin durable de la population, c’est-à-dire, d’une part, de la population active et, d’autre part, du nombre de consommateurs potentiels ».
De plus, prétendre qu’à « l’heure actuelle, nous avons … une forte croissance démographique » est obsolète depuis longtemps, dans le monde et en Angleterre !
Le piquant est que la TCI se tire une balle dans le pied dans la suite de sa réponse en reconnaissant implicitement une influence majeure de la population sur le taux de profit [12].
2- Évolutions démographico-économiques erronées
La Tendance Communiste Internationaliste pense que les famines augmentent : « La dégradation de l’environnement et les émissions de CO2 se sont poursuivies à un rythme soutenu, entraînant des pandémies meurtrières et un réchauffement climatique incessant qui, à son tour, provoque une augmentation des inondations et des famines » [13].
Les bordiguistes du Prolétaire le pensent aussi : « plus sa puissance économique [au capitalisme] et sa domination sur la société s’accroissent, et plus il engendre crises, famines, misères et guerres » [14].
Quant au Courant Communiste International , il détient le pompon dans l’énoncé de vérités alternatives. Ainsi, son Manifeste prévoyait que : « Les famines se développent dans les pays du tiers monde, et bientôt atteindront les pays qu’on prétendait ‘socialistes’ » !
Or, si les pays du tiers monde avaient été ravagés par les famines, comment se fait-il que l’Asie, ce contient le plus pauvre au Monde en 1960 et le plus atteint par les famines dans l’histoire et jusqu’à cette date, ait dépassé l’occident industrialisé au début du 21e siècle ?
Asie, Occident et reste du monde en % PIB mondial
De même, comment se fait-il que nombre d’ex-pays de l’Est, pourtant deux à trois fois moins développés que le Royaume-Uni en termes de PIB par habitant en 1990, soient sur le point de rejoindre et dépasser ce pays … s’ils avaient tant été ravagés par les famines ? Heureusement que le ridicule ne tue pas !
Toutes ces remarques ne sont aucunement des réponses définitives, elles sont là pour souligner la nécessité d’investiguer un champ d’analyse trop longtemps laissé en friche [15], champ que cet ouvrage à le grand mérite de venir utilement actualiser.
C.Mcl
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Introduction de l’auteur à son ouvrage
LA PEUR DE LA BOMBE DÉMOGRAPHIQUE
1967 n’est pas seulement l’année du naufrage du pétrolier Torrey Canyon (chanté par Serge Gainsbourg), de la guerre du Biafra, de la mort de Che Guevara ou de la sortie du premier album de Jimi Hendrix. C’est aussi l’année de parution du best-seller américain Famine 1975 ! sous-titré « la décision de l’Amérique : qui survivra ? » [16]. Écrit par deux frères, l’ouvrage se veut sérieux et s’appuie sur la légitimité de l’un d’entre eux, Paul Paddok, qui collabore avec le Service des Affaires Étrangères des États-Unis depuis plus de vingt ans, principalement dans les pays sous-développés. Le raisonnement proposé est le suivant : les pays de ce qu’on appelait alors le « Tiers-Monde » ont des populations en croissance exponentielle et une agriculture stagnante. Comme ils n’auront pas les moyens de financer des importations alimentaires en suffisamment grande quantité, la famine se répandra dans plusieurs pays à l’horizon 1975. La solution ne pourra venir que de la charité, américaine, bien sûr, car seuls des États-Unis ont la capacité de fournir du blé en suffisamment grande quantité. Mais il n’y en aura pas pour tout le monde et les auteurs préconisent d’anticiper un tri et de créer trois catégories : ceux qui s’en sortiront peut-être tous seuls, ceux qui auront besoin d’aide et ceux, comme l’Inde, qui sont tellement enfoncés dans la crise alimentaire qu’une aide serait du gaspillage. Parmi les laudateurs de l’ouvrage, l’un d’entre eux allait faire parler de lui, dès l’année suivante.
Car 1968 n’est pas seulement l’année des « évènements » de mai, du Printemps de Prague, des morts sur les campus américains ou des athlètes noirs le poing levé sur le podium des jeux olympiques de Mexico. C’est aussi l’année de parution d’un livre appelé à un succès extraordinaire : La Bombe P. de Paul R. Ehrlich [17]. Vendu à deux millions d’exemplaires, traduit dans toutes les langues, cet essai est assurément un signe avant-coureur de la vogue de l’écologie politique qui s’épanouira dans la seconde moitié des années 1970. La tonalité est donnée d’emblée par le sous-titre de l’édition originale : « Pendant que vous lisez ces mots, quatre personnes seront mortes de faim. Des enfants pour la plupart ». Le sérieux de l’auteur comme de sa co-autrice Anne H. Ehrlich et la rigueur de leur démonstration scientifique sont supposés garantis par leur parcours universitaire. Des esprits malveillants feraient remarquer que les deux étaient des entomologistes réputés pour leurs travaux dans le classement des espèces de papillons. Mais bon… La Bombe P. déploie une démonstration implacable : l’environnement et la sécurité alimentaire se dégradant, la croissance rapide de la population va conduire à des catastrophes à court terme. Moyennant quoi, pour trouver une issue, il faut bien sûr augmenter la production mais surtout « nous devons rapidement mettre la population mondiale sous contrôle, en réduisant le taux de croissance à zéro ou en le rendant négatif. Il faut parvenir à une régulation consciente du nombre d’êtres humains ». Faute de quoi, Ehrlich prédit des famines mondiales avec des centaines de millions de morts dans les années 1970, une hausse exponentielle de la mortalité mondiale et diverses catastrophes toutes plus épouvantables les unes que les autres.
Mais l’ouvrage ne se cantonne pas à la formulation de prédictions : une large partie est consacrée aux préconisations. Les Ehrlich envisagent d’ajouter des « stérilisants temporaires » à l’eau et aux aliments, idée abandonnée car la recherche sur ce point n’est pas assez avancée [18]. Tant pis, les idées foisonnent : instaurer une taxe progressive, d’autant plus forte qu’on aura d’enfants ; taxer comme des produits de luxes les fournitures pour enfants ; inciter financièrement les hommes à la stérilisation permanente avant qu’ils aient deux enfants. Ils préconisent également de développer la contraception, bien sûr, mais aussi de favoriser les tests prénataux : pariant que les parents « cherchent le garçon », ils devraient dissuader de donner naissance à des filles et contribuer à faire baisser le taux de natalité.
Sur le plan international, les Ehrlich se situent dans un registre voisin des frères Paddock [19]. Ils proposent d’opérer un tri entre les pays en conditionnant les aides internationales à l’adoption de politiques publiques visant à restreindre les naissances. Les autres seraient abandonnés à leur triste sort, comme l’Inde (encore). Bien entendu, comme les Paddock, les Ehrlich mettent en avant le nécessaire leadership américain via des accords bilatéraux contournant l’ONU, cette institution cherchant à maintenir un cadre équitable dans les aides allouées aux différents pays.
Malgré le succès de librairie de Famine 1975 ! et La Bombe P., on aurait pu s’attendre à ce que leurs prédictions apocalyptiques assorties de préconisations discriminatoires souvent choquantes passent assez rapidement dans l’oubli. Il n’en sera rien, bien au contraire, puisqu’un nouvel ouvrage au succès planétaire va leur succéder, cumulant verni scientifique et capacité à s’attirer le soutien de personnalités politiques.
En 1972, le Club de Rome [20], groupe international de réflexion composé de patrons de grandes entreprises, de hauts fonctionnaires et d’universitaires, accède à la notoriété avec la publication d’un rapport explosif : Les Limites à la croissance [Limits To Growth [21] ]. La tonalité catastrophiste du document prend à rebours le caractère généralement convenu de ceux produits par ce genre d’organisme. Le rapport constate une accélération brutale de l’augmentation de la population : on est passé d’un doublement de la population tous les 250 ans depuis le XVIIe siècle à un doublement tous les 33 ans. L’augmentation est qualifiée de « super exponentielle » dans la mesure où non seulement la population s’accroît mais également son taux de croissance [22]. Sur cette base, les auteurs pronostiquent une population mondiale pouvant atteindre les 12 milliards au milieu du XXIe siècle.
« Chaque jour de croissance exponentielle continue rapproche le système mondial des limites ultimes de cette croissance. Décider de ne rien faire, c’est décider d’augmenter le risque d’effondrement. Nous ne pouvons pas dire avec certitude combien de temps encore l’humanité peut retarder le début d’un contrôle délibéré de sa croissance avant d’avoir perdu toute chance de contrôle. Sur la base des connaissances actuelles des contraintes physiques de la planète, nous pensons que la phase de croissance ne pourra pas se poursuivre pendant encore une centaine d’années. Encore une fois, en raison des retards du système, si la société mondiale attend que ces contraintes apparaissent clairement, elle aura attendu trop longtemps » [23].
En 1974, pour la première fois, un candidat écologiste se présente à l’élection présidentielle française. Il s’agit de René Dumont, un ingénieur agronome. Son score est marginal (1,3 %) mais les prestations télévisuelles de Dumont marquent les esprits. Son programme peut se résumer en un appel à la décroissance tous azimuts : « Il faut limiter la population. Ensuite limiter l’utilisation par cette population de l’énergie. Et envisager d’autres formes d’énergie dont on est sûr qu’elles ne soient pas dangereuses » [24].
Les arguments de Dumont sont basés sur le raisonnement malthusien classique selon lequel la population se développerait à un rythme plus soutenu que les moyens de la nourrir. Dumont publie un ensemble d’ouvrages plus alarmistes les uns que les autres. Pour n’en citer que trois : Chine surpeuplée, Tiers-monde affamé (1965), Nous allons à la famine (1966) et La croissance de la famine (1975). Sur le plan politique, Dumont fait preuve d’une certaine tendresse pour la Chine maoïste dont il loue les petites usines et le refus de l’urbanisation. Sur ce point comme sur les autres, René Dumont a fait preuve d’une cécité persistante. La question de la famine, pour terrible qu’elle soit, était (et sera) de nature conjoncturelle et politique, sans rapport de cause à effet avec la densité de population.
Alors que la population mondiale s’est accrue de manière extraordinaire, les dramatiques épisodes de famine ont diminué en intensité et touchent une proportion beaucoup moins importante de la population. Non seulement il n’y a aucune corrélation, mais c’est le mouvement inverse à celui annoncé qui est observable. Et si la question de la productivité agricole demeure un des grands défis de notre temps, principalement en Afrique subsaharienne, les épisodes de famine sont pour l’essentiel liés à des évènements politiques, en particulier des guerres (République démocratique du Congo, Soudan).
Finalement, tous les prophètes de malheur, alertant sur la prochaine extinction d’une humanité surpeuplée se sont massivement trompés. Leurs constructions intellectuelles et modèles de calculs se sont révélés faux, comme de nombreux scientifiques l’ont montré dès la parution de La Bombe P. ou dès Les Limites à la croissance. Et chacun peut constater avec le recul du temps qu’aucun des évènements apocalyptiques annoncés ne s’est produit.
Errare humanum est, perseverare diabolicum
Une des difficultés auxquelles nous sommes confrontés est que des personnalités comme Ehrlich ont toujours refusé d’admettre la réalité, rectifiant leurs publications lors des rééditions pour en retirer les pronostics démentis et en formuler d’autres tout en maintenant la perspective apocalyptique générale. Et surtout, ils font des émules, le néomalthusianisme prospérant à l’ombre des peurs liées à la crise climatique.
Comme toutes les théories de l’effondrement, elles aussi en vogue, il renvoie à ce que la sociologie anglo-saxonne nomme les paniques morales. Ces dernières sont entretenues par les médias de masse qui mettent en avant de manière cyclique des thématiques anxiogènes. Pour ne prendre qu’un enchaînement récent on peut penser aux séquences Covid-19 – Ukraine – Crimes sexuels.
La « panique démographique » a donc toujours ses adeptes, de différentes obédiences. Certains continuent à avancer dans le débat public des chiffres totalement faux quant aux prévisions de croissances de la population. D’autres établissent un lien entre croissance de la population et crise climatique. D’autres enfin sont effrayés par la perspective d’une subversion migratoire venant de peuples de cultures différentes, en particulier musulmane. Mais elle peut revêtir d’autres formes, aux intentions généreuses bien que non dénuées d’un impensé problématique : l’idée selon laquelle la démographie galopante des pays du « Tiers-monde » constitue un obstacle à leur développement. En bref, les pauvres feraient trop d’enfants et aggraveraient ainsi leurs problèmes.
Ces thèses, qui renvoient directement aux raisonnements de Malthus au début du XIXe siècle, sont à la fois très actuelles et terriblement rétro, pour le pire dirons-nous dans la mesure où elles ont été réfutées très rapidement. Non seulement la « bombe P. » n’explosera jamais, mais nous sommes confrontés à la menace exactement inverse : celle d’un déclin généralisé de la population mondiale d’ici quelques décennies. Un déclin qui, dans un certain nombre de pays, a déjà commencé.
Il est donc plus que temps de regarder la réalité en face et de procéder aux mises à jour qui s’imposent. La première est de prendre en compte le processus de révolution démographique, bien connu mais occulté à la fois dans le champ de la recherche et dans le discours public sur la population. La seconde est de faire le lien entre démographie et économie politique.
Le principal frein est d’ordre idéologique, la victoire du néolibéralisme ayant fait sortir la question de l’avenir de la population des préoccupations des acteurs de la sphère politico-médiatique. Le destin et les intérêts du collectif, du groupe (on hésite à utiliser le mot tabou de « nation ») sont appréhendés comme la somme des intérêts individuels ou catégoriels.
Nous verrons comment s’opère le rappel à l’ordre par le réel, avec des débuts épars de prise de conscience et des contradictions qui émergent comme en témoignent les articles aux tonalités dissonantes du Monde, publication en perte de vitesse mais donnant le ton en exprimant l’orientation du « bloc central » social-libéral, ou la saillie d’Emmanuel Macron sur le thème du « réarmement démographique ». Nous verrons aussi comment, tout comme la question environnementale et peut-être davantage encore, la question de l’avenir de la population, n’est compréhensible qu’à travers une analyse du fonctionnement du mode de production. Être conscient des enjeux et avoir des idées claires pour y répondre sera fondamental. Car ce qui s’engage n’est rien moins qu’une bataille pour l’espèce.
Raymond Debord
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Interview de l’auteur par C.Mcl
Marx postule que la démographie dépend de l’économie, que chaque mode de production dispose de lois démographiques spécifiques. Est-ce empiriquement attesté ?
On trouve chez Karl Marx l’idée que les lois régissant les comportements reproductifs de l’espèce humaine ne sont pas « naturelles » ni des abstractions coupées de toute réalité sociale : selon lui « une loi de population abstraite et immuable n’existe que pour la plante et l’animal, et encore seulement tant qu’ils ne subissent pas l’influence de l’homme » [25]. Par conséquent, chaque mode de production génère sa propre « loi » de population qui est historiquement située. À mon sens cette approche s’est montrée amplement vérifiée et ce que les démographes nomment la « transition démographique » correspond au régime démographique du système capitaliste. Les lecteurs souhaitant approfondir ces questions pourront se reporter au récent ouvrage d’Yves Charbit : « Penser la population, de Platon à nos jours » [26].
La difficulté est que Marx n’a pas du tout anticipé ce phénomène, ce qu’on ne lui reprochera pas dans la mesure où les premiers travaux le mettant en évidence datent de la fin des années 1920 [27] et surtout des années 1930 [28]. On trouve dans l’œuvre de Marx, en particulier le Capital, de nombreux passages laissant à penser, comme le note Rosa Luxemburg, que « la population ouvrière adapte son accroissement au capital et aux perspectives momentanées du marché, que celles-ci la déterminent et en dirigent les mouvements » [29]. Il n’y a donc aucun sujet de réflexion particulier ici et encore moins de motif d’action spécifique :
« La préservation et la reproduction constantes de la classe ouvrière restent une condition permanente pour la reproduction du capital. Le capitaliste peut confier en toute confiance leur accomplissement à l’instinct de préservation et de reproduction des travailleurs » [30].
Dès lors, il n’est guère pertinent de s’intéresser plus avant à la manière dont est régie la reproduction de l’espèce, même si en théorie on lui accorde une importance tout aussi grande qu’à la production. Toute l’attention des épigones va alors se focaliser sur l’analyse de la production des marchandises, délaissant celle des hommes eux-mêmes. La tradition marxiste fait ainsi l’impasse sur la science naissante qu’on va appeler démographie et sur la sociologie de la famille. Comme le note Wally Seccombe : « l’occultation par le matérialisme historique des effets des dynamiques démographiques a eu des conséquences désastreuses pour l’analyse. Nous avons abandonné le terrain à nos ennemis » [31].
De fait, les évolutions de population portent sur le temps long (les cohortes), parfois moyen (éclatement de guerres, crises, etc.), mais jamais court ... or, le cycle des crises de surproduction est décennal chez Marx ... mais la démographie ne peut s’ajuster sur une si courte période ! Dès lors, ne faudrait-il pas questionner (en tout ou en partie) les développements de Marx sur la crise, le chômage et la démographie ?
L’importance que Marx accorde à la population transparaît dans le fait qu’il ait choisi cet exemple pour illustrer sa démarche scientifique et la pertinence du primat de la théorie [32]. Sur ce sujet, la grande innovation de Marx est la formalisation du concept « d’armée industrielle de réserve » [33]. La production de surnuméraires est un trait spécifique du mode de production capitaliste. Leur nombre ne fluctue pas en fonction de la disponibilité des moyens de subsistance, mais du procès d’accumulation et de reproduction du capital. On parle donc d’une surpopulation relative. La population employée augmente en période d’expansion et se rétracte en période de crise.
« En produisant l’accumulation du Capital, et à mesure qu’elle y réussit, la classe salariée produit donc elle-même les instruments de sa mise en œuvre, ou de sa métamorphose en surpopulation relative. Voilà la loi de population qui distingue l’époque capitaliste et correspond à son mode de production particulier » [34].
Mais si l’existence d’une surpopulation relative est incontestablement, une loi de population du capitalisme, elle, n’en est pas la loi de population au sens où elle permettrait de comprendre les comportements reproductifs et d’analyser la dynamique du régime démographique.
La coïncidence des crises économiques et démographiques a parfois montré des formes d’adaptation des comportements matrimoniaux à la conjoncture, au travail disponible… C’est en partie le cas en France dans les années 1930 (crise démographique) ou dans l’immédiat après-seconde Guerre Mondiale (explosion des naissances). Mais à chaque fois, une pluralité de facteurs est observée. Et dans les années 1970, le décrochage de la natalité a précédé de plusieurs années la crise économique. Il ne s’est pas démenti depuis, les générations n’étant plus renouvelées depuis 1974 et les variations sensibles observées depuis ne sont pas corrélées aux crises ou au taux d’emploi. La conjoncture économique explique mal la légère remontée de la natalité dans les années 1994-2010, ni le brutal décrochage en 2014 et l’accélération du déclin en 2022. En 2025, le solde naturel de la population est négatif pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale. Il y a donc, à l’opposé de ce qu’on comprend de la pensée de Marx sur ce point, une forme d’autonomie des variables démographiques. Je pense qu’il convient de chercher des éléments de causalité des comportements démographiques dans l’enchainement des ordres productifs ou dans l’internationalisation du mode de production plus que dans la conjoncture et les cycles économiques. Sans oublier que dans la plupart des formations sociales coexistent plusieurs modes de production.
On trouve chez Marx et Engels d’utiles indications qui permettraient de conceptualiser une théorie démographique matérialiste, mais elle n’existe pas en tant que telle. Si la théorie de la surpopulation relative est centrale dans l’analyse du fonctionnement du capitalisme, elle devra être intégrée à une réflexion plus large qui permettrait d’expliquer pourquoi la logique de développement du capitalisme et sa conquête du monde entier débouchent sur l’effondrement de la population.
Comment concilier la théorie marxiste sur la nécessaire surpopulation relative pour l’accumulation du capital avec la politique actuelle de refoulement des immigrés ?
L’existence d’une surpopulation relative est une condition sine qua non de la poursuite de l’accumulation capitaliste et de sa reproduction élargie. Cependant son niveau dépend de la conjoncture et sa surface peut s’avérer tout à fait variable selon les besoins. Elle tend à augmenter en période de crise et à se rétracter en période de croissance. En suivant sur ce point Otto Bauer [35], on peut considérer que les politiques impérialistes ont également été une conséquence de l’affaiblissement démographique de l’Europe. Il y a une forme d’externalisation. Pour s’en tenir aux catégories définies par Marx et en grossissant fortement le trait, on pourrait dire que la surpopulation flottante demeure dans les métropoles capitalistes mais qu’une partie de la surpopulation latente et le gros de la surpopulation stagnante se trouvent dans les pays dominés. Ceci posé, la bourgeoisie internationale n’a pas une attitude homogène vis-à-vis de l’immigration. En effet, encore faut-il disposer de travailleurs dont les qualifications correspondent aux besoins et que les sociétés d’accueil soient capables d’assimiler. L’ouverture indiscriminée des portes telle que la pratiquée l’Allemagne, a au moins deux reprises (Syriens puis Ukrainiens), a un énorme coût en termes de formation de la main d’œuvre et surtout un coût politique très élevé comme on le voit actuellement. D’où le retour en force de la thématique de « l’immigration choisie » dans le discours public. Et encore parle-t-on ici des gouvernants. Car une fraction de la bourgeoisie au sens strict (les possesseurs d’entreprises) est très indifférente à la question, choisissant le court-terme ou misant sur des collectifs de travail transnationaux.
Qu’est-ce que le frein, puis le déclin de la population va impliquer pour la croissance économique et l’évolution du taux de profit ?
Le capitalisme est un système qui se reproduit de manière élargie, avec la recherche permanente d’une plus-value en augmentation. Si on admet la démonstration de Marx sur l’indispensable existence d’une armée industrielle de réserve, on peut s’interroger sur sa capacité à résister à un déclin durable de la population, c’est-à-dire, d’une part, de la population active et, d’autre part, du nombre de consommateurs potentiels. Cette contradiction majeure a été mise en évidence par Isaac Johsua dans Le grand tournant, un livre passé relativement inaperçu à sa parution il y a plus de vingt ans [36] et sur lequel je remercie un rédacteur de Controverses’ d’avoir attiré mon attention. Comme nous l’avons évoqué plus haut, le capitalisme est un système aveugle qui n’a pas les moyens de créer l’offre de travail dont il a besoin. Dans une perspective où la main d’œuvre et les débouchés seraient dans une logique de rétractation, on imagine mal comment une hypothétique croissance de la productivité suffirait à dénouer cette contradiction. D’autant que les salaires seraient poussés à la hausse et le taux de profit à la baisse.
Qu’implique le déclin de la population pour les futurs conflits militaires ... Macron n’a-t-il pas demandé de ’réarmer démographiquement la France’ ? ... en clair, faites des enfants car la France a besoin de soldats ! Partout où la population décline, le discours change, ce n’est plus la surpopulation le danger mais la dépopulation ... et d’assister à un retour des politiques natalistes un peu partout !
Le déclin de la population va poser des problèmes très complexes pour de futurs conflits, tant qu’ils demeurent conventionnels. C’est par exemple, pour Emmanuel Todd, un des éléments explicatifs de la volonté russe d’en finir rapidement avec la guerre au Donbass, des « classes creuses » approchant, avec une possibilité́ moindre de mobiliser des soldats en nombre suffisant [37]. On notera qu’Ukraine et Russie sont mal en point sur un plan démographique, avec des âges médians respectivement de 40 et 39 ans. Nos gouvernants tiennent des discours militaristes qu’on peut considérer comme inquiétants et dangereux. Mais je ne pense pas qu’Emmanuel Macron considère qu’un hypothétique redressement démographique sera une réponse à cela. La petite bourgeoisie néomalthusienne a le plus grand mal à ne pas rejouer en permanence une pièce qui a quitté l’affiche depuis un siècle. Mais la grève des ventres chère aux anarchistes individualistes est aujourd’hui un simulacre. À mon avis la préoccupation est essentiellement économique et concerne la menace d’un recul de la population active, c’est-à-dire d’une aggravation de l’affaiblissement du pays, de la crise de la dette, etc. Cette préoccupation économique est aujourd’hui partagée par un nombre croissant de dirigeants mondiaux et elle correspond à un problème existentiel qui nous concerne tous et va bien au-delà du décompte des points de PIB. En revanche, il est raisonnable de penser qu’on ne trouvera pas dans le cadre du capitalisme de solutions pérennes à une situation qui est l’effet du déploiement de ce mode de production.
[1] « …la grande industrie a constamment besoin d’une armée de réserve d’ouvriers non occupés pour les moments de surproduction. […] La surpopulation est donc dans l’intérêt de la bourgeoisie… », Marx : Qu’est-ce que le salaire ? La Pléiade, Économie II, p.168-169.
[2] « Si la croissance de la population dépend de la productivité du travail, la productivité du travail dépend de la croissance de la population. Il y a action réciproque » Marx, Théories sur la plus-value, Ed. Sociales, T.III, p.287.
[3] Malthus : « nous pouvons tenir pour certain que, lorsque la population n’est arrêtée par aucun obstacle, elle va doublant tous les vingt-cinq ans, et croît de période en période selon une progression géométrique » alors que « les moyens de subsistance, dans les circonstances les plus favorables à l’industrie, ne peuvent jamais augmenter plus rapidement que selon une progression arithmétique » extrait de son Essai sur le principe de population.
Engels : « Pour nous, l’explication est toute simple. Les forces de production qui sont à la disposition de l’humanité n’ont pas de limites. Le rendement de la terre peut progresser indéfiniment par l’application de capital, de travail et de science » Critique de Malthus, Maspéro, p.58.
Marx : « Il était naturellement bien plus commode et bien plus conforme aux intérêts des classes régnantes, que Malthus encense en vrai prêtre qu’il est, d’expliquer cette ‘surpopulation’ par les lois éternelles de la nature que par les lois historiques de la production capitaliste » chapitre 19 des Théories sur la plus-value.
[4] « Pour différents modes de production, il existe différentes lois d’accroissement de la population et de la surpopulation… » Marx, Grundrisse, Ed. Sociales, T.II, p.94.
[5] « Selon la conception matérialiste, le facteur déterminant, en dernier ressort, dans l’histoire, c’est la production et la reproduction de la vie immédiate. Mais, à son tour, cette production a une double nature. D’une part, la production de moyens d’existence, d’objets servant à la nourriture, à l’habillement, au logement, et des outils qu’ils nécessitent ; d’autre part, la production des hommes mêmes, la propagation de l’espèce » Engels, préface de la 1e édition de L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État.
[6] C’est comme conséquence de la colonisation capitaliste de ce continent, en particulier aux Indes et en Chine, qu’ont eu lieu les plus importantes famines au cours de l’histoire.
[7] Marx, Grundrisse, Ed. Sociales, T.II, p.254. Dans ce même passage, il note également : « Il existe une augmentation de la force productive de ce genre, une machinerie qui ne coûte rien : c’est la division et le caractère combiné du travail au sein du procès de production. […] Une autre force productive qui ne lui coûte rien est la puissance scientifique ».
[8] Marx, Grundrisse, Ed. Sociales, T.II, p.252.
[9] Le Center for Strategic and International Studies estime le nombre de victimes, depuis le 24 février 2022, à 1 million côté russe (dont 250 000 morts) et 400 000 côté ukrainien (dont 60 000 à 100 000 morts).
[12] « Nous ne nions pas, bien sûr, qu’une augmentation du nombre de travailleurs et la baisse consécutive du prix moyen de la main-d’œuvre soient bénéfiques au capitalisme. La mondialisation accrue des deux dernières décennies en est l’illustration. Les puissances capitalistes centrales sont aujourd’hui prêtes à tolérer elles-mêmes des niveaux de chômage élevés tant qu’elles peuvent exploiter des travailleurs à moindre coût dans les pays périphériques grâce à l’exportation de capitaux. L’effondrement du bloc russe et l’entrée de la Chine et de l’Inde dans l’économie mondiale ont créé des millions de travailleurs supplémentaires que le capitalisme mondial peut exploiter, et celui-ci en a clairement tiré profit » TCI le 09-12-2012.
[13] The Unaffordable Price of Capitalism, août 2022.
[14] Programme Communiste n°93, 1993, p.3. Ou encore : « Les champions du "Monde libre", les grandes Démocraties impérialistes, sont, en effet les responsables d’une interminable série de catastrophes qui ont affligé et qui affligent l’humanité : guerres, crises, famines, misères, exploitation, dégradations de l’environnement naturel qui menacent aujourd’hui de modifier le climat de toute la planète » Programme Communiste n°91, 1990, p.2.
[15] Champ d’analyse que seul le groupe RobinGoodfellow en mesure l’importance sur certains plans : « Un aspect souvent oublié de la conception matérialiste de l’histoire concerne la population », extrait d’un chapitre sur l’évolution de la population mondiale d’un travail à paraître : Pour en finir avec la « domination réelle ».
[16] Paddock W. & P., Famine 1975 ! America’s decision : who will survive ?, Boston, Little, Brown and Co, 1967.
[17] EHRLICH Paul R., The Population Bomb, Ballantine Books, 1968.
[18] Ibid., p. 136.
[19] Ibid., p. 161.
[20] Cercle de discussion fondé en 1968 par des personnels de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), avec le soutien de la Fondation Rockefeller.
[21] MEADOWS Donatella, MEADOWS Dennis et al., The Limits to Growth, A Potomac Associates Book, 1972.
[22] Ibid., p. 34.
[23] Ibid., p. 34.
[24] 1974 : René Dumont « Nous allons à l’effondrement total de notre planète » | Franceinfo INA.
[25] MARX Karl, Le Capital [1867], Livre I, VIIe section, Chapitre XXV, Titre III en ligne sur Marxists.org.
[26] CHARBIT Yves, Penser la population, de Platon à nos jours, PUF, 2025.
[27] THOMSON Warren S., « Population », American journal of sociology, Vol. 34, Issue 6, May 1929.
[28] LANDRY, La Révolution démographique [1934], INED 1982.
[29] LUXEMBURG Rosa [1913], « Critique des critiques. Ce que les épigones ont fait de la théorie marxiste ». En ligne sur La Bataille socialiste.
[30] MARX Karl, Le Capital [1867] Livre 1er, VIIe section, Chapitre XXIII « Reproduction simple », traduit par nos soins à partir de la version originale allemande.
[31] SECCOMBE, Wally. « Les différents types de famille au sein des modes de production », Traduit de l’anglais par Luc Benoit. Actuel Marx, n°37, 2005, pp. 27-42.
[32] MARX Karl, « Introduction à la critique de l’économie politique » [1857].
[33] Marx Karl, Le Capital [1867], Livre 1er, VIIe section, Ch. XXV-III « Production croissante d’une surpopulation relative ou d’une armée industrielle de réserve ».
[34] MARX Karl, Le Capital [1867], Livre I, VIIe section, Chapitre XXV, Titre III, en ligne sur Marxists.org.
[35] BAUER Otto, « L’accumulation du capital » [1913], Cahiers d ’économie politique, no 51, 2006, p. 287-309.
[36] JOHSUA Isaac, Le Grand tournant. Une interrogation sur l’avenir du capital, Paris, Actuel Marx – Presses universitaire de France, 2003.
[37] TODD Emmanuel, « Nous assistons à la chute finale de l’Occident », Le Figaro, 12 janvier 2024.