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Les ambiguïtés et dérives du bordiguisme sur la question nationale

 

Nous publions une mise au point sur le bordiguisme, ses ambiguïtés et dérives sur la question nationale, tant sur les innombrables zigzags de sa prétendue invariance, que sur ses prises de position passées et présentes sur le conflit israélo-palestinien, mais également sur son implosion-explosion lors de sa crise en 1981-82, ainsi que sur les méandres politiques et organisationnels de la reconstitution de quelque uns de ses reliquats jusqu’à aujourd’hui. Nous espérons ainsi offrir au lecteur quelques points de repère pour s’y retrouver dans la constellation des multiples chapelles bordiguistes, qui toutes se revendiquent des mêmes textes sacrés, mais en tirent des conclusions politiques souvent fort différentes sur les questions syndicales, nationales, organisationnelles... !

Nous utilisons les termes ’chapelles’ et ’textes sacrés’ sans ironie. En effet, chacune de ces ’chapelles’ se rêvent déjà en cathédrale du futur parti mondial ... puisqu’elles s’intitulent quasiment toutes « Parti... » et des partis dont tous les programmes s’appuient sur les mêmes ’textes sacrés’ puisque son Messie Bordiga lui-même assimile le marxisme à un monolithe invariant analogue aux tables des Védas, de la Bible, du Talmud, du Coran, etc. :

 


 

SOMMAIRE

1- A l’origine de la décomposition du mouvement dit "bordiguiste" : « luttes de libération nationale » (Moyen-Orient, Afrique et Asie), les sirènes mortelles du populisme ‘anti-impérialiste’.

2- Question palestinienne : De l’égratignure tiers-mondiste à la gangrène anti-impérialiste. La question palestinienne et arabe, déclencheur de l’explosion de 1982 de l’organisation créée par Bordiga et Bruno Maffi.

3- Les reliques de Bordiga après le désastre de 1981-1982. Continuité et discontinuité. Un bilan impossible ?

4- L’anti-internationalisme de quelques nostalgiques "bordiguistes" du congrès de Bakou 1920. La position NON-internationaliste de la microconstellation : Il Comunista (Italie), Le prolétaire (France), Proletarian, etc., qui se revendiquent de Bordiga.

 


 

1- A l’origine de la décomposition du mouvement dit "bordiguiste" : « luttes de libération nationale » (Moyen-Orient, Afrique et Asie), les sirènes mortelles du populisme ‘anti-impérialiste’.

 

Face au conflit permanent qui opposait depuis 1948 les États arabes à l’État d’Israël, le courant de Bordiga demeura internationaliste, insistant toujours sur le facteur « lutte de classe internationale ». Dans un article de juin 1948, on pouvait lire : « En Palestine, ce ne sont pas la liberté, l’indépendance, quelque principe éternel qui sont défendus : ce qui est en jeu, c’est le régime international de l’exploitation, de l’impérialisme et de la guerre. C’est seulement par la rupture révolutionnaire de ce régime que les prolétaires arabes et juifs obtiendront la liberté et la paix », mettant ainsi fin à leur « esclavage » [2].

Cette position fut encore défendue lors de la Guerre des Six jours de juin 1967. L’organisation, dirigée par Bruno Maffi, dauphin de Bordiga, fut extrêmement claire dans l’article portant comme titre : « Il n’y aura pas de paix au Moyen-Orient ni ailleurs tant que régnera partout en maître le Capital » [3]. On notera que dans cet article, il n’était nullement question de soutenir le « camp arabe » ni d’assimiler les prolétaires israéliens à des « pieds-noirs » :

En fait, dès 1972, le ton commence à changer, d’abord théoriquement. Il Programma comunista republie un vieil article de Bordiga, « Oriente », puis exhaustivement les thèses de Bakou d’appel à la « guerre sainte » contre l’impérialisme anglo-saxon, les déclarations de Zinoviev et d’autres [5]. Puis, en octobre, après le massacre d’athlètes israéliens à Munich par le groupe terroriste palestinien « Septembre Noir » et la riposte militaire « musclée » de l’État israélien [6], le groupe français rejette les deux camps, mais sans condamner explicitement « Septembre noir », en soulignant que la violence terroriste est essentiellement bourgeoise et institutionnelle : « Ce que le monde bourgeois réprouve donc, ce n’est pas la violence et la terreur en soi, mais la violence et la terreur illégales, tandis qu’il se résigne comme à une de ses lois indestructibles (quand il ne l’exalte pas cyniquement) à la terreur étatique et militaire sanctionnée par la loi et le droit international ». Aux luttes de libération nationale auxquelles ils concèdent un peu de « sympathie », les « programmistes » opposent l’« harmonie » de la « dictature prolétarienne universelle » :

L’expulsion de la tendance de gauche, agrégée autour de Lucien Laugier (France) et de Carsten Juhl (Suède) qui défendaient les positions kapédistes, accéléra la régression des « programmistes » vers les thèses national-populistes défendues au Congrès de Bakou en septembre 1920.

Lors de la guerre du Kippour, en octobre 1973, la réponse était déjà moins « classiste », et donc moins bordiguienne. Le prolétariat du Moyen-Orient avait disparu sous l’étiquette très populiste de « masses rurales et urbaines », une manière d’escamoter l’importante classe ouvrière d’Égypte et d’Israël : « … il n’y aura pas de paix au Moyen-Orient tant que l’impérialisme mondial, et avec lui les bourgeoisies locales et les classes dominantes étroitement liées… n’auront pas été renversés par une gigantesque vague de classe unissant enfin les prolétaires des métropoles capitalistes de l’Ouest et de l’Est aux masses rurales et urbaines aujourd’hui encore jetées par leurs exploiteurs les unes contre les autres au nom du sang, de la race ou de la religion » [7].

Une position, il faut le souligner, bien plus internationaliste que celle des trotskystes qui en appelaient au soutien des bourgeoisies arabes, sans que soit mentionnée l’existence de prolétaires juifs et arabes :

Cette position trotskyste, le PCI va la faire sienne progressivement, prenant ouvertement parti pour les combattants des milices palestiniennes, les fédayins, « véritables victimes » [9]. Guerre était déclarée à Israël : « les masses exploitées du Liban et de Palestine … doivent faire face à l’État ‘pied-noir’ d’Israël », finalement comparé à l’Algérie coloniale française. Les ouvriers israéliens et palestiniens étaient jetés à la trappe, pour mieux encenser les « magnifiques élans des masses plébéiennes exploitées et pauvres » (sic).

De fait, la guerre du Kippour marquait un tournant, qui fut souligné par la revue du groupe « Révolution internationale » dès janvier 1974 [10].

Le PCI « programmiste » tint de moins en moins une rhétorique prolétarienne au point de soutenir, parfois dans un langage maoïste (« marxiste-léniniste ») les luttes de libération nationale au Moyen-Orient, en Afrique Noire et les « révolutions paysannes » dans la péninsule indochinoise, dont les États-Unis venaient de se dégager après la visite de Nixon en Chine.

Dans un article intitulé « Honneur à Luanda et aux prolétaires d’Afrique noire » [11], l’organisation bordiguiste française passait allégrement d’une vision marxiste, fondée sur la lutte des classes, à une vision anti-impérialiste et racialiste de l’histoire. Le Prolétaire se félicitait de l’intervention des troupes cubaines encadrées par des conseillers russes pour repousser les troupes sud-africaines et consolider le nouvel État angolais : « La victoire de la jeune république d’Angola et la débandade des troupes adverses sur tous les fronts est un événement d’une portée considérable… Aujourd’hui, puissamment aidé par un fort contingent cubain et par un apport imposant de matériel et de conseillers russes, le MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola) [12] a mis en déroute non seulement l’inconsistant FNLA et refoulé au Zaïre les troupes de Mobutu et les mercenaires, mais il a aussi repoussé la colonne d’intervention sud-africaine... ».

Même si l’article du Prolétaire soulignait les appétits impérialistes d’une Russie qui peut « ainsi se placer sur la route du pétrole et des minerais qui vont de l’océan Indien vers l’Europe et même l’Amérique », les bordiguistes s’enthousiasmaient pour cette victoire du MPLA et des Cubains jugée « historique ». Il s’agissait d’une victoire aussi bien « raciale » que morale, et même « prolétarienne » :

Et de conclure par un hymne africaniste, où sont convoqués tous les martyrs « prolétariens » de la lutte « anti-impérialiste » : Patrice Lumumba et l’UPC (Union des populations du Cameroun) [14], définitivement « vengés ». Le Congrès de Bakou des « peuples de l’Orient » (septembre 1920) est alors transposé en Afrique noire : « Une ère nouvelle s’ouvre pour l’Afrique ‘arriérée’ qui vient de donner une leçon à l’Europe et à l’Amérique ‘civilisées’. Honneur à l’Afrique » [15].

Même position chez les schismatiques du groupe florentin Il Partito Comunista (dirigé par Giuliano Bianchini). Celui-ci, invite en février 1976 à constituer des « noyaux communistes révolutionnaires », « participant, de façon organisée, et sur leur propre terrain de classe, d’abord à la guerre de libération anti-impérialiste, puis à la révolution communiste anti-bourgeoise » [16].

Quelques mois plus tard, le PCI allait même plus loin dans son anti-impérialisme, lorsque les Khmers rouges soutenus par la Chine entrèrent à Phnom-Penh qu’ils vidèrent de sa population, déportée dans des camps de travail et des camps de la mort. Ils saluèrent la « terreur révolutionnaire » massivement appliquée par les « sans-culottes » khmers :

Le « Parti » soutient « la terreur révolutionnaire… contre laquelle se déchaine, avec un sûr instinct de classe, la presse au service de l’impérialisme, parce qu’elle sait qu’il n’y a pas de révolution victorieuse sans dictature, ni de dictature consolidée sans terreur » [18].

En 1979, l’invasion du Cambodge par l’armée vietnamienne révéla l’étendue du génocide commis par le régime khmer rouge. Mais le PC International considéra que c’était une simple « tragédie », au même titre que la Révolution russe. Néanmoins, la marche en avant de la « révolution bourgeoise » devait être « saluée et favorisée », « en tant que prémisse de la naissance d’un prolétariat moderne » [19].

Les schismatiques florentins du PC International (Il Partito Comunista), qui de 1975 à 1979 avaient fait silence à propos de la « question cambodgienne », ne tinrent pas un autre langage, absolvant à leur tour les Khmers rouges. Tous les paysans khmers étaient identifiés aux Khmers rouges, et c’est donc eux qui avaient perpétué un massacre mis sur le compte de la « révolution agraire » et d’un ‘reliquat’ de « communisme primitif » :

La réalité sanglante de l’oppression, qui fut aussi bien sociale que raciale [21], recouvra toute cette sanguinolente logorrhée anti-impérialiste. Néanmoins, aucun des deux tronçons du Parti communiste international n’osa jamais battre sa coulpe sur cet appel à la « terreur rouge » qui fut mis en pratique systématiquement sur le territoire khmer. Il aurait fallu conjointement une réflexion approfondie sur le phénomène génocidaire qui dépassait un entendement plongé dans le formol sectaire, une réflexion aussi sur ces « bourreaux ordinaires » dont la motivation n’était pas la « revanche sociale » [22].

Dans un ultime sursaut, avant la crise finale de 1982, une réunion générale du PCI « programmiste » de l’automne 1979 put proclamer « la fin de la phase révolutionnaire bourgeoise dans le tiers-monde », et donc la vacuité des « révolutions doubles » [23].

Elle concluait par un rejet de facto des thèses de Bakou préconisant « l’union des centaines de millions de paysans d’Orient avec les prolétaires d’Occident ». Désormais, un nouveau cycle mondial s’ouvrait aboutissant « à l’union des centaines de millions de prolétaires des vieux et nouveaux mondes entrainant derrière eux, dans la lutte contre les forteresses impérialistes et toute la chaine mondiale des États bourgeois, les masses aussi nombreuses de paysans pauvres et exploités des continent dominés » [24].

L’insurrection de la Pologne ouvrière contre le capitalisme d’État amena le mouvement « programmiste » à publier en différentes langues un Manifeste. Reconnaissant que « s’épuisait le cycle des révolutions anticoloniales », il affirmait que « la société (était) archimûre pour le communisme » et que « c’est vraisemblablement en Europe centrale que se gagnera après une série de batailles menées sur tous les continents la première manche décisive de la prochaine vague révolutionnaire » [25].

À la fin des années 90, devant la montée en puissance du capitalisme chinois, les « programmistes », fort affaiblis, proclamaient la fin des révolutions « national-bourgeoises » : elles devaient s’incliner devant la « jeune taupe » de la mondialisation [26]. Le processus communiste triompherait par « l’institution despotique d’un plan unique mondial qui, en violant les lois du marché, mettra à la disposition de l’ensemble du monde, l’ensemble des richesses aujourd’hui accumulées dans une poignée de pays hyperprivilégiés aux dépens de l’immense majorité des pays économiquement dominés » [27].

Cette conclusion, anticipée par le Manifeste de 1981, se trouvait en pleine contradiction avec la politique « national-révolutionnaire » défendue jusqu’ici par le « Parti » à propos de la question palestinienne (cf. le deuxième article ci-dessous).

 


 

2- Question palestinienne : De l’égratignure tiers-mondiste à la gangrène anti-impérialiste. La question palestinienne et arabe, déclencheur de l’explosion de 1982 de l’organisation créée par Bordiga et Bruno Maffi.

 

Il est incontestable que l’existence d’une section algérienne créée sur des bases « national-communistes arabes » et « antisionistes » a joué un rôle désagrégateur dans l’explosion finale de 1982. Pourtant, compte tenu de la nature de cette section, cela ne pouvait être une surprise.

En contact avec un noyau de jeunes militaires algériens, dirigé par Rabah Benkhallat, la direction éditoriale du Prolétaire avait sorti à Paris en octobre 1978 le premier numéro d’El Oumami (L’internationaliste). Celui-ci parlait d’entrée de jeu de « la tragédie de la révolution palestinienne et arabe » luttant contre « le monstre sioniste ».

Mais Rabah Benkhallat et ses six camarades étaient arrêtés le 9 novembre 1978 par la Sécurité militaire algérienne, pour possession de « journaux subversifs ». La section française du PCI créa en 1981 un comité RIPRA (Riposte à la répression en Algérie), une organisation de type frontiste. Le Comité occupa le journal Le Monde le 5 octobre « pour dénoncer le silence criminel de la presse bourgeoise » face à la torture subie par les prisonniers. Il organisa le 21 novembre devant l’ambassade d’Algérie à Paris un rassemblement de 200 personnes. Toute cette agitation se fit sur le mot d’ordre « pour la défense des mots d’ordre démocratiques », que le « bordiguisme » avait toujours rejetés comme « interclassistes » et même « contre-révolutionnaires ».

« El Oumami », qui se vendait fort bien dans l’immigration algérienne en France, se fit très vite le héraut de la « Révolution arabe » à la sauce nationaliste. Un numéro de mai 1980 appelait « les communistes révolutionnaires » à concrétiser leur « devoir impérieux » de manifester une « solidarité inconditionnelle avec la lutte de libération menée contre l’État d’Israël », qualifié d’« État pied-noir ».

À l’occasion du conflit au Liban et de l’intrusion de l’armée israélienne en juin 1982 l’éditorial du numéro 26 de juillet-août d’El Oumami portait comme titre : « La lutte des combattants palestiniens et libanais est la nôtre ».

La direction centrale du PCI nota tardivement l’évolution d’« El Oumami » vers le « nationalisme arabe » sous couvert de « cause palestinienne », et qu’elle avait elle-même encouragée par un soutien implicite à l’OLP [28]. Bien plus, la section française avait encouragé cette dérive en participant elle-même à un Comité de solidarité internationale Liban-Palestine, « contre l’État d’Israël », à la suite d’un meeting parisien du « parti » (12 juin). Ce meeting avait été suivi d’une manifestation d’une centaine de personnes (dont Martin Axelrad) au métro Barbès [29].

Vers le 20 juillet 1982, Bruno Maffi, le « commissaire unique » de l’organisation internationale « bordiguiste » martèle : « ... le problème n’est plus celui des rapports d’une ‘ethnie’ avec l’État d’Israël ; c’est celui des rapports d’une masse déracinée et déshéritée avec tous les États de la région et avec les bourgeoisies auxquelles ils appartiennent... La ‘nation arabe’ s’est révélée une illusion ; l’auto-décision du peuple palestinien un attrape-nigaud » [30].

En cela, il était soutenu par une grande partie de l’organisation italienne. La section locale de Torre Annunziata avait été plus loin, dénonçant les atermoiements de toute l’organisation, à travers son Manifeste central à propos des événements au Liban [31], un soutien de fait à l’OLP : « Le Manifeste ne met pas en évidence la politique qui instrumentalise les Palestiniens dans le contexte des antagonismes inter-impérialistes... Parler de ‘lutte pour le renversement de l’État sioniste’ signifie tendre au renversement de quelque chose de différent du pouvoir de la classe bourgeoise. N’est-ce pas justement la position de l’OLP ? … l’éclectisme sur ce point… confond les positions du parti avec celles de l’OLP ». La conclusion de la section de Torre Annunziata était impitoyable : « non le développement du parti, mais sa désagrégation » [32].

En réponse, le groupe « El Oumami » quittait en août l’organisation et, dans son organe mensuel de septembre, reprenait les mots d’ordre des organisations nationalistes palestiniennes : « Palestine vaincra ! ». Il en appelait à la destruction complète du « cancer greffé sur le corps arabe qu’est l’entité sioniste ». Utilisant un ton très « plébéien », qui assimilait Israël à l’Algérie « pied-noire » de 1954, le mensuel lâchait le couperet final : « les masses pauvres du monde entier […] ont intérêt à la destruction de l’État pied-noir d’Israël ». Finalement, tout « défaitisme révolutionnaire » en cas de conflit entre États « sioniste » et « arabes » était « pire (que) l’indifférentisme ». Ce qui augurait d’un engagement militaire de ses militants au côté des fédayins et des « nations arabes ».

La diffusion du mot d’ordre « anti-impérialiste » et carrément nationaliste : « Palestine vaincra ! » fut largement responsable de l’implosion du PC International. Le groupe algérien en France, une grosse partie des responsables et « militants de base » français, allemands, espagnols, grec et turc, portugais, le secteur d’Amérique latine, une partie de la matrice italienne quittèrent le « parti » pour des raisons très souvent opposées, certains soutenant l’organisation algérienne d’autres démissionnant en protestation contre ce qu’ils considéraient comme le début d’une gangrène gauchiste « anti-impérialiste ».

Et de fait, l’avatar « communiste-léniniste » du groupe « El Oumami », alla jusqu’au bout de son gauchisme maoïste. Il n’hésita pas (en 1985) à faire un quasi-éloge funèbre du chef stalinien albanais Enver Hodja, véritable parangon de vertu, « né dans une famille musulmane… ayant embrassé très jeune les idées communistes », garant de l’indépendance « anti-impérialiste » et de la « liberté collective » de « son peuple » :

« Pour nous, Enver Hodja symbolise avant tout la volonté farouche d’un peuple qui a réussi à sauvegarder son indépendance dans un monde où de toutes parts les pressions économiques, politiques et culturelles impérialistes se font sentir. Que la liberté collective d’un peuple (sic) n’ait pu se réaliser qu’au prix de l’écrasement de la liberté des individus qui la composent, la responsabilité en incombe d’abord et avant tout à l’impérialisme mondial . Le peuple ouvrier et paysan d’Albanie s’est battu jusqu’ici tout seul. L’indépendance à laquelle il tient tant risque d’être progressivement mise en cause par la bureaucratie qui a déjà commencé à parler du besoin de « modernisation économique » et de l’ouverture à l’étranger. Pour sauvegarder la liberté collective (sic), pour que celle-ci se confonde avec la liberté de chacun, pour instaurer la société socialiste, il a besoin de la solidarité active du prolétariat révolutionnaire des autres pays » [33].

Dans le cas d’« El Oumami », il était difficile d’affirmer vaguement, comme le Napolitain Livio Vallillo, qu’il s’agissait, lors de cette grande débandade du « parti », de « l’amputation d’une partie notable de lui-même, réputée jusqu’à ce moment valide et saine » [34]. On pourrait détourner le texte de Trotsky, « D’une égratignure au danger de gangrène » où il critiquait toute remise en cause de la « défense de l’URSS » [35]. Dans le cas de la scission d’« El Oumami », il s’agissait d’une incontestable gangrène nationaliste qui conduisait ce groupe à rallier, au nom du « léninisme », les positions tiers-mondistes du maoïsme et du trotskysme.

La sortie volontaire d’« El Oumami », en août 1982, ne fut rien d’autre qu’une auto-amputation, le Centre du parti ayant réagi bien tard face à cette résistible montée de ce « marxisme-léninisme » à la sauce maoïste.

 


 

3- Les reliques de Bordiga après le désastre de 1981-1982. Continuité et discontinuité. Un bilan impossible ?

 

Le groupe algérien national-arabe « El Oumami » avait été l’épicentre du séisme de 1982, car il était largement soutenu par la section de Paris, qui avait la haute main sur les publications françaises et arabes. Le cloisonnement absolu de l’organisation, où seuls se connaissaient réellement les « responsables » de section, avait démultiplié les effets du séisme.

Les chefs de la section de Paris, tel Martin Axelrad (Nicolas), placés brusquement devant le gouffre béant, décidèrent de dissoudre la section, en la quittant. Ils emportèrent les fonds et les archives, qu’ils ne souhaitaient pas (semble-t-il) laisser tomber en de mauvaises mains.

Des sections entières, comme celles d’Allemagne [36], d’Espagne et d’Amérique latine [37] sombrèrent. Celle d’Allemagne, très marquée par l’activisme (anti-nucléaire) suivit un temps le groupe « El Oumami » avant de couler. Des éléments individuels essentiels pour les traductions en turc [38] et en grec [39] disparurent un certain nombre d’années.

Le naufrage généralisé laissa émerger quelques noyaux qui continuèrent une activité organisée.

 

Quaderni internazionalisti – n + 1 et Cahiers du marxisme vivant

Les groupes d’Ivrea et de Turin – dont le responsable était l’ouvrier Walter Manfredo (Alessandro) – avaient tenté en mars 1981 de discuter des problèmes de l’organisation avec la section de Marseille, dirigée par Suzanne Voute. Face aux menaces, il avait répondu au Centre de Maffi : « Nous n’avons pas peur : les faits se frayent leur chemin, les anathèmes se lancent le temps qu’ils se donnent, les silences et les mystifications sont de véritables boomerangs qui se retournent contre ceux qui les ont propulsés » [40].

Le Centre décida de dissoudre la section de Turin en avril, les militants en accord avec la ligne officielle devant se réinscrire individuellement. Bientôt, ce fut le tour, en juin, des sections du Sud de la France (Marseille, Aix-en-Provence, Avignon et Toulouse). Il s’ensuivit que la section d’Ivrea et la majorité de celle de Turin, avec la section Sud de la France, trouvèrent un terrain d’entente qui s’exprima par la publication du premier et unique numéro de L’Internazionalista en octobre 1983. Ce dernier faisait remonter la cause de la désagrégation du « Parti » à 1967, qui aurait totalement sombré dans le « marxisme-léninisme » kominternien et le « syndicalisme révolutionnaire » [41], c’est-à-dire l’activisme syndical.

C’est à la suite de cette réflexion commune que sortit à partir de 1991 les Cahiers du marxisme vivant, mais le petit noyau autour de Suzanne Voute resta isolé, peinant à sortir neuf numéros en 14 années, tentant un bref bilan sur la sectarisation du « parti » par le « marxisme-léninisme » (cf. infra), mais restant surtout sur le terrain de l’analyse des crises (« Marxisme et crises »).

Le départ d’autres sections, comme à Ariano Irpino, Torre Annunziata, puis Schio [42] et Bénévent, incitèrent le groupe de Walter Manfredo, autour des Lettere ai compagni (premier numéro en oct. 1981), à poursuivre un travail théorique sur de nouvelles bases. Ce fut d’abord les Quaderni Internazionalisti (1984-1999), puis, enfin, la revue n +1, qui poursuit sans à-coups son activité théorique.

 

Le Prolétaire et Programme communiste (1982-2015)

En France, après l’effondrement d’octobre 1982, la section de Paris s’étant évaporée, ce sont les sections de Lyon et de Strasbourg qui reprirent le flambeau. Le Prolétaire put reparaître, mensuellement, tandis que la revue « théorique » Programme communiste subissait une longue éclipse [43].

Le Prolétaire, qui était devenu un pur journal d’agitation, ne put cacher l’étendue des dégâts [44]. Le désastre était mis sur le compte de la « rage militante » et d’un activisme : « Le juste besoin d’exprimer une véritable solidarité envers les puissants mouvements de la périphérie – Maghreb, Pologne, Palestine entre autres – conduisit, avec une rage impatiente dictée par un esprit militant sur lequel nous ne cracherons pas (sic) conduisit l’ancienne direction sortante en France et en Allemagne à éluder les difficiles questions nées sur le terrain du travail élémentaire de l’organisation prolétarienne au profit du développement d’une activité peu encadrée politiquement, en direction de ‘tout ce qui bougeait’… ». Cette ‘bougeotte’ militante activiste fut baptisée par la suite maladie « mouvementiste », une maladie qui chez d’autres groupes ‘gauchistes’ ou ‘libertaires’ activistes fait office de thérapeutique [45].

Certains responsables, comme Roland Laffitte (Paul), avaient tenté post festum de tirer les leçons du désastre en pointant la sectarisation, qui « transforme la théorie en catéchisme et les leçons du passé en recettes, fossilise l’organisation du mouvement en une secte apolitique ». Néanmoins, aucune critique n’était faite du syndicalisme et de la politique « anti-impérialiste » de l’organisation qui sous-tendaient ce militantisme ‘mouvementiste’ : « Le PCint n’a pu tenter de sortir de la situation de secte totalement fermée que grâce à l’activité syndicale, permise par sa conception économiste-ouvriériste de la maturation de la conscience de classe, en liaison avec les reflets de la vague de 1968 sur son organisme, notamment à partir de 1972-74, ainsi que grâce aux efforts réalisés pour se placer sur un terrain anti-impérialiste – qui est bel et bien politique – des forces poussées par cette vague sociale vers les vérités marxistes (sic) contenues dans sa doctrine même si elles sont déformées ; et ces deux mouvements ont fourni la base et le ressort matériel de sa structuration organisative et de son effort pour apparaitre comme une organisation militante » [46].

Le ton restait finalement « marxiste-léniniste », voire maoïste (« le juste besoin ») [47], de ton et de contenu. La Pologne (en 1980-81), où se déroulait la plus puissante grève de masse depuis 1968, était reléguée dans la périphérie du capitalisme, placée sur le même plan que le Maghreb ou les camps de fédayins palestiniens dispersés dans les pays arabes.

Il fallut un long processus de décantation [48] mené en symbiose avec le groupe milanais « Il Comunista », ayant une optique plus ‘prolétarienne’, pour que le groupe français s’éloigne de ce « marxisme-léninisme » maoïsant, au prix d’une « longue marche » de plus de 20 années, qui laissa plus d’un perdu dans le désert.

On notera la différence sur la question du Moyen-Orient. En mai 1984, Le Prolétaire titre : « Un objectif central, la destruction de l’État d’Israël » [49]. En 2012, le journal, fixé à Lyon, revenant sur la question du Moyen-Orient, à l’occasion de la guerre de Gaza, renouait avec ses anciennes positions internationalistes de 1967-71 : « Seul un bouleversement révolutionnaire de toute la région, renversant tous les États bourgeois et unissant les prolétaires de toutes nationalités et religions pour faire disparaître cette oppression, pourra mettre fin à l’interminable calvaire des masses palestiniennes, comme à celui de tous les opprimés du Moyen-Orient » [50].

 

Les morceaux épars de Programma comunista (1983-2015)

D’innombrables groupuscules ont surgi de l’éclatement de 1982, se maintenant sur des positions le plus souvent dogmatiques et ultraléninistes. On mentionnera, entre autres [51], pour son intérêt politique le « Partito Comunista Internazionale »-Bolletino, qui, à la suite du départ de militants en novembre 1982, publia, jusqu’en septembre 2001, 29 numéros d’un bulletin, ainsi que la revue en français Pour la défense du programme communiste. Leur ‘bolchevik-léninisme’ culmina dans une apologie de la brochure de Trotsky Terrorisme et communisme, soutenant la répression de Kronstadt [52]. Ce groupe exprima un total rejet des principes du PCInt de 1943, fondé par Damen, qui avait nettement condamné la répression anti-ouvrière de Kronstadt : « De la violente répression perpétuée contre les authentiques révolutionnaires de Kronstadt jusqu’à la liquidation physique de toutes les oppositions à la politique nationaliste de Staline, il est évident que, dans l’État ouvrier, … tous, révolutionnaires ou non, ont de fait contribué à armer les milices de la plus impitoyable réaction anti-prolétarienne qui devait étrangler la Révolution d’Octobre, et avec elle ses meilleurs combattants » [53].

Plutôt que de faire un recensement exhaustif (et impossible) de tous les prétendants au titre nobiliaire de « parti communiste international », il nous semble plus judicieux de nous concentrer sur les principaux « éclats » du « parti » qui ont survécu en conservant un impact international, même très réduit.

À Milan, la course pour le pouvoir s’engagea pour prendre la direction du groupe italien, Bruno Maffi étant déjà « mort et promptement enterré ». Des responsables du Centre italien (« Il Centro ») comme Renato De Prà (Ettore), appuyés par la masse des militants, tentèrent de sauver ce qui pouvait l’être. Bruno Maffi fut évincé du Bureau central international (BCI) ainsi que de la direction politique du journal Il Programma comunista, dont il était directeur rédactionnel depuis trente années. Le « centralisme démocratique », impliquant tenue de congrès et nomination d’un Comité central, fut rétabli en juin 1983. Les nouveaux comitards vont alors donner naissance à une organisation très activiste « Combat » qui réussit d’abord à s’emparer du journal Il programma comunista (nos 7 à 10). La situation dura jusqu’en février 1984, date à laquelle Bruno Maffi obtint par jugement des tribunaux le droit de « reprendre le combat » en gardant la pleine propriété du titre [54].

Les tenants de la ligne activiste du groupe « Combat » publient alors leur journal éponyme, qui précise en sous-titre : « giornale per il partito comunista internazionale » jusqu’à la fin de 1987. Ils mettent les raisons de la faillite d’octobre 1982 sur le compte d’un « vice d’origine » de la sinistra comunista.

Ceux qui s’opposent à cette liquidation publient alors, dès février 1985, Il Comunista, en tant qu’« organe du parti communiste international », malgré leur taille microscopique. Le journal a pour rédacteur en chef de fait Renato De Prà (Ettore). Sous sa direction, l’organisation commença un travail de remise à flot des sections française, suisse et grecque, intégrant tous ceux qui quittaient définitivement « Il programma comunista » et « Combat » [55].

Il est remarquable que Bruno Maffi, presqu’octogénaire, ait confessé la nécessité de « recommencer de zéro », pointant des scissions sectaires n’ayant aucune justification politique. Mais, peu porté à battre sa coulpe, jamais il n’émit la moindre critique du désastreux ‘centralisme organique’, qu’il avait assumé pendant près de trente années, ne remettant jamais en cause la dogmatique bordiguienne :

Ainsi, tous ces micro-groupes attendaient le jugement final de l’Histoire, sans se rendre compte qu’ils jouaient la même pièce depuis 1952 : chacun des protagonistes se proclamait haut et fort le « parti » authentique et jouait sans fin le rôle de prétendant à la succession de Bordiga.

Il n’est donc pas surprenant qu’un réel bilan sans complaisance du naufrage final, tant politique que théorique, en remontant à la source (1952, prise du pouvoir par Bordiga), fût pour chacun des petits diadoques une incongruité.

Sur la question clef de l’utilisation des luttes de libération nationale par les divers impérialismes, question déjà posée par Rosa Luxemburg et combattue par Lénine, chacun de protagonistes restait léniniste. C’est ainsi que, sur la question de l’internationalisme au Moyen-Orient, tant le groupe « Il Comunista » qu’« Il programma comunista » ont toujours laissé planer leurs ambiguïtés sur la question nationale, pourtant censée être transcendée par la mondialisation capitaliste depuis la « réunion générale du Parti » de 1979 (cf. supra). Tandis que « Il Comunista » continuait à défendre un « palestinisme » mou, moins goudronné de nationalisme arabe [57], les « programmistes » s’enflammaient pour la « question kurde » et le « kurdisme ». Après la « déception » causée par le terrorisme aveugle des fédayins, le PKK [58] apparaissait (enfin !) comme une « avant-garde », remplaçant peu à peu la mythique keffieh de « Palestiniens » transformés en professionnels de la kalachnikov, mercenaires de tous les impérialismes régionaux :

En un remord marxiste, Il programma comunista confessait que l’enjeu était en fait ailleurs : « C’est le capitalisme qui doit être abattu : dans le cas contraire, la chaîne des martyrologues nationaux se prolongera indéfiniment » [60].

Cette flamme « kurdiste » conduisit l’ancienne dirigeante du « Parti », chargée du secteur syndical, Graziella Bronzini (Veronica), à s’engager totalement dans la nouvelle cause, surtout dans le domaine humanitaire [61].

Quelques années plus tard, les mêmes « programmistes » italiens mettaient officiellement fin à leur « palestinisme » en déclarant clos le cycle des luttes de libération nationale : « Alors qu’aujourd’hui le cycle des luttes et des mouvements purement nationaux tant pour la Palestine que pour le Moyen-Orient est définitivement privé de toute perspective historique, il n’existe pour les masses palestiniennes qu’une seule solution, qui contient aussi la possibilité d’un dénouement de l’oppression et de la discrimination nationale : la lutte pour la révolution prolétarienne internationale, à partir du renversement de tous les États de la région, d’Israël aux diverses républiques et émirats arabes, et de l’expulsion des différents brigands impérialistes qui contrôlent politiquement et économiquement les masses du Moyen-Orient… » [62].

 

Il Partito Comunista toscan

Toujours nostalgique des “syndicats rouges” des années 20 (soumis d’ailleurs au stalinisme), le PCI toscan publia Per il sindacato rosso, supplément à Il Partito Comunista, de 1979 à 1987. Néanmoins, le groupe dut vite constater son échec dans la « revitalisation » des syndicats « ouvriers » : « Aujourd’hui, nous pouvons […] certainement exclure toute possibilité de reconquérir la CGIL. Cela veut dire que la renaissance des syndicats de classe ne pourra se produire que par le surgissement de nouvelles organisations ouvrières et le vidangeage concomitant des actuels syndicats tricolores » [63].

Malgré la mort prématurée de Giuliano Bianchini en 1980, la tendance « Il Partito Comunista » (Parti communiste international), a toujours maintenu une présence politique régulière en Toscane. Elle est présente aujourd’hui (2015) en Italie (Gênes, Turin, Florence, Bolzano), en Grande-Bretagne (Liverpool), mais aussi dans le Venezuela ouvrier (à Ciudad Guyana).

Cette tendance continue à publier sa revue théorique Comunismo, traduite un temps en français (La Gauche Communiste, 1981-1997). Son activité éditoriale s’est élargie à l’anglais (Communist Left, The Communist Party), et à l’espagnol (La Izquierda Comunista)[29].

De façon très notable, le PCI toscan a proclamé la fin des luttes de libération nationale. Dans sa revue Comunismo de 1992, il proclamait – à propos du PKK d’Apo (Abdullah Öcalan) – que « le mouvement nationaliste du Kurdistan n’a aucune possibilité de rejoindre sa finalité historique, la création d’un État kurde indépendant, et il représente ainsi, même dans ses expressions les plus radicales, un mouvement rétrograde, sinon réactionnaire. La situation actuelle pose en fait à l’ordre du jour, pour le prolétariat et les masses pauvres de toute la région moyen-orientale, la question de la prise du pouvoir politique ».

Puis, dans un article de 1999, le groupe lançait un énième appel à lutter dans les syndicats et à rejoindre l’« unique parti communiste international » et son « programme unique » c’est-à-dire celui de Florence : « Les prolétaires ‘kurdes et turcs’, en dehors de la Turquie comme à l’intérieur, doivent se doter des mêmes organisations, doivent lutter au coude à coude dans les mêmes syndicats de classe, doivent se rattacher à l’unique programme et à l’unique parti communiste internationale ! C’est la seule perspective que leur offre l’histoire » [64].

Une perspective peu réjouissante pour d’hypothétiques éléments turcs et kurdes radicaux, déjà aguerris pour avoir affronté des structures syndicales organisées comme de véritables gangs...

Après les attentats de Paris du 17 novembre 2015, les schismatiques toscans ont exprimé une position internationaliste sans ambiguïté : « Non, ce n’est pas une guerre. Il s’agit de sa préparation, alors que les grands États d’Amérique, d’Europe, de Russie et d’Asie sont déjà en train de chauffer les moteurs. Le ‘terrorisme’ comme la ‘guerre au terrorisme’ représentent l’anticipation de la guerre qui arrive. Ce n’est pas la guerre de l’État islamique contre l’Occident, c’est la guerre des impérialismes entre eux. Si les exécuteurs de cet énième acte de terreur sont de jeunes fanatiques, les organisateurs résident dans les palais des puissances étatiques du monde entier. L’État islamique n’est pas l’expression des classes déshéritées des pays arabes, et il n’en défend pas les intérêts… L’unique ‘guerre au terrorisme’ possible est celle qui se fera contre ce système social pestilentiel, l’unique guerre qui a donc pour but final la révolution communiste » [65].

Comme on le voit, la question du Moyen-Orient a joué un rôle considérable dans l’histoire du courant « programmiste », au point d’entretenir souvent de grosses ambiguïtés sur son internationalisme vis-à-vis des ouvriers israéliens et palestiniens. Mais jamais ces ambiguïtés n’ont poussé le courant « programmiste » jusqu’à une négation du génocide juif.

 


 

4- L’anti-internationalisme de quelques nostalgiques "bordiguistes" du congrès de Bakou 1920. La position NON-internationaliste de la microconstellation : IL Comunista (Italie), Le prolétaire (France), Proletarian, etc., qui se revendiquent de Bordiga.

 

Trois organisations se proclament toujours Parti communiste international, après l’implosion de l’automne 1981. Deux, telles Il Programma comunista (dont le centre est à Milan), et Il Partito comunista (dont le centre est à Florence et Gênes), ont abandonné de fait la position sur le soutien aux luttes de libération nationale, Palestine incluse :

Toute autre est la position de la micro-constellation « Il comunista »/Le Prolétaire. Celle-ci se camoufle derrière les thèses léninistes-zinoviévistes de Bakou, 1920.

C’est pour mieux prêcher une croisade anti-impérialiste : la « guerre révolutionnaire » palestinienne et « arabe » contre « l’impérialisme », en s’alliant – comme disait jadis Trotsky – « au diable et à sa grand-mère ».

Citations extraites de la brochure de « Il comunista », mai 2024 :

Lénine : « Les socialistes doivent non seulement exiger la libération immédiate, inconditionnelle et sans compensation des colonies – et cette exigence, dans son expression politique, ne signifie rien d’autre que la reconnaissance du droit à l’autodétermination – mais aussi soutenir de la manière la plus décisive les éléments révolutionnaires de ces pays, de la manière la plus décisive, les éléments révolutionnaires des mouvements démocratiques bourgeois de libération nationale, les aider dans leur insurrection et, le cas échéant, dans leur guerre révolutionnaire contre les puissances impérialistes qui les oppriment ». (Souligné par Pantopolis)

« … cette position a également été réaffirmée de manière décisive par nous (« notre parti ») dans les 30 années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale en ce qui concerne les mouvements coloniaux, à tel point qu’elle a été l’une des raisons de l’affrontement et de la scission avec les camarades qui ont suivi plus tard le groupe Damen (« Battaglia Comunista ») » [66].

Les prolétaires au Moyen-Orient, saignés à blanc depuis des décennies par des conflits impérialistes à répétition, apprécieront comme il se doit cet appel à soutenir « les éléments révolutionnaires (Hamas ? Daesh ?, etc.) des « mouvements démocratiques bourgeois » (autrement dit : la bourgeoisie nationale, armée jusqu’aux dents contre le prolétariat) ; de « les aider dans leur insurrection et leur guerre révolutionnaire (donc : créer des « brigades internationales » arabo-palestiniennes, avec quelques maigres reliques du mouvement « bordiguiste » ?).

Il ne s’agit ni plus ni moins dans cet appel à un Bakou bis version 2025 de transformer les prolétaires du Moyen-Orient à nouveau en chair à canon au profit du capital, quel que soit le camp impérialiste choisi, au lieu de les préparer à l’insurrection ouvrière révolutionnaire contre toutes les bourgeoisies : israélienne, palestinienne, libanaise, iranienne, américaine, russe, chinoise, jusqu’à la disparition totale du mode de production capitaliste, remplacé par un authentique communisme mondial, celui d’une humanité enfin réunifiée.

 

Publié le 31 Mars 2025 par PB / Pantopolis (2 avril 2025 pour le quatrième article).

 

[1L’invariance historique du marxisme, Programme Communiste n°53-54, p.3.

[2« Per chi scannano i proletari ebrei ed arabi », Battaglia Comunista n° 19, 3-10 juin 1948, p. 1.

[3« Non vi sarà pace né nel Medio Oriente, né altrove, finchè regna sovrano dovunque il capitale », Il programma comunista n° 11, 14-28 juin 1967, p. 1. Cet éditorial est probablement de Bruno Maffi qui était le rédacteur en chef.

[4Le journal français Le Prolétaire n° 45, juillet-août 1967, par contre, soulignait que la « fondation d’Israël est la fausse solution d’un problème social ». Le groupe du PCI en Algérie, composé au départ d’un bon nombre de coopérants français et italiens (comme Salvatore Padellaro), en appelait au rejet de tout patriotisme et à la fraternisation par-delà les fronts militaires : « À vous prolétaires palestiniens, arabes et israéliens, nous disons : Fraternisez, jetez les armes, mieux encore, retournez-les contre vos exploiteurs… Vive la lutte de classe des travailleurs contre la guerre de la bourgeoisie. Vive la lutte pour la révolution sociale ».

[5« Le tesi sulla questione nazionale e coloniale al primo congresso dei popoli d’Oriente (Baku, 1920) », Il programma comunista n° 12, 10 juin 1972 ; « Il discorso Zinoviev al primo congresso dei popoli d’Oriente », Il programma comunista n° 14, 8 juillet 1972 ; « Le tesi sulla questione nazionale e coloniale al primo congrosso dell’Internazionale comunista », Il programma comunista n° 16, 29 août 1972, p. 2.

[6« Filisteismo della non violenza » [Philistinisme de la non-violence], Il programma comunista n° 18, 27 sept. 1972, p. 1. Voir aussi : « De l’attentat de Munich à la guerre du Liban », Le Prolétaire n° 135, 2-15 oct. 1972.

[7Souligné par nous. « Ancora il Medio Oriente », Il programma comunista n° 19, 11 oct. 1973, p. 1 ; « Le Moyen-Orient en flammes », Le Prolétaire n° 159, 22 oct.–4 nov. 1973. La version italienne avait ajouté comme ‘ennemi de classe’ : « l’ignoble sanhédrin [tribunal religieux et civil] de leurs propres exploiteurs ». Ce membre de phrase a disparu de la version française.

[8« Le conflit du Proche-Orient : pourquoi les révolutionnaires sont dans le camp des pays arabes », Lutte de classe n° 14, nov. 1973 (Mensuel de l’organisation trotskyste française « Lutte Ouvrière »). Et d’ajouter : « La lutte d’émancipation des pays du Moyen-Orient, dans le contexte actuel de la domination impérialiste, passe peut-être par la guerre contre Israël. Mais la guerre contre Israël n’est pas un moyen d’abattre et de détruire l’impérialisme » (Souligné par nous).

[9« Face sanglante du Moyen-Orient, cynisme d’une guerre, cynisme d’une paix », Le Prolétaire n° 160, 5-18 nov. 1973.

[10Cf. l’article de Chardin : « Misère de l’invariance », qui soulignait « l’abandon du terrain de classe » du Moyen-Orient au Chili. Cet article brocardait les « petits écrivains du Prolétaire qui réclament des mouvements ‘audacieux’, ‘despotiques’ de ‘jacobins’ et de ‘sans-culottes’ », qui « substituent la guerre des races à la guerre des classes » et s’accrochent, en mauvais acrobates, à « une invariance mythique d’un programme invariant qui n’a jamais existé ». L’auteur lâchait in fine un petit ‘mot de Cambronne’ : « à force d’être con, on devient odieux » dans Révolution internationale n° 8, Paris, mars-avril 1974, p. 10-16.

[11« Honneur à Luanda et aux prolétaires d’Afrique noire », Le Prolétaire n° 214, 21 février-5 mars 1976, p. 1-2.

[12Issu du Parti communiste d’Angola, le MPLA avait été fondé en décembre 1956. Établissant son siège à l’extérieur de l’Angola portugaise autant à Alger qu’à Conakry, il reçut l’appui de l’impérialisme russe, tandis que le mouvement rival le FNLA recevait celui de la Chine, du Congo-Kinshasa de Mobutu et des USA. De 1975 à 1992, le MPLA, soutenu par la Russie et Cuba, gouverna le pays, sous forme de parti unique. En 1976, le MPLA et les troupes cubaines (Operación Carlota) contraignirent l’armée sud-africaine à se retirer du territoire angolais, laissant ses rivaux l’UNITA et le FNLA sans autre appui que celui des Américains et des Chinois. Sous la présidence de Ronald Reagan (1981-1989), les Sud-Africains reçurent tout l’appui américain nécessaire pour pénétrer militairement en Angola. Appuyés par le FNLA, ils furent défaits par l’armée cubaine, qui comprenait plus de 30.000 hommes, à la bataille de Cuito-Canavale (12-20 janvier 1988). Dans le contexte de l’effondrement du bloc soviétique et du régime raciste d’apartheid en 1991, la « guerre froide » prit fin… pour quelque temps. Un gouvernement d’union nationale avec l’UNITA et le FNLA se forma, où ils ne jouèrent qu’un rôle fantôme. Le MPLA est aujourd’hui membre de l’Internationale socialiste. La guerre civile, en fait une guerre entre grandes et petites puissances impérialistes, où intervinrent toutes les grandes puissances, laissa un million de morts. Le seul « honneur des prolétaires africains », célébré par le PCI en 1976, fut celui d’avoir été massacrés pour une cause et des intérêts qui n’étaient pas les leurs.

[13Ibid. Souligné par nous.

[14L’UPC, parti nationaliste camerounais, avait été fondé en 1948. Soutenu par Pékin, il s’insurgea contre le pouvoir colonial français dès 1955 puis contre les nouveaux dirigeants camerounais soutenus par la France. L’un des chefs de la guérilla UPC, Félix-Roland Moumié, fut empoisonné à Genève par les barbouzes français en octobre 1960. Un autre dirigeant, Ernest Ouandié, fut fusillé le 15 janvier 1971 sur ordre du dictateur Ahmadou Ahidjo, qui conserva le pouvoir jusqu’à novembre 1982.

[15Ibid. Souligné par nous.

[16« Angola : independenza nazionale tra il fuoco incrociato del imperialismo », Il Partito Comunista n° 18, Florence, février 1976, p. 2-3 ; « Angola : La borguesia nazionale rinuncia alla rivoluzione », Il Partito Comunista n° 6, février 1975 : « Guerre sainte contre l’impérialisme ». Souligné par nous.

[17« La LCR et le Kampuchéa révolutionnaire, une caricature d’internationalisme », Le Prolétaire n° 225, 24 juillet-3 sept. 1976, p. 4. Souligné par nous.

[18Ibid. Souligné par nous.

[19« Le socialisme est internationaliste et international ou il n’est pas », Le Prolétaire n° 286, 24 mars-6 avril 1979, p. 1.

[20« Nella guerra d’Indocina affonda il mito del socialismo vietnamita », Il Partito Comunista n° 54, Florence, février 1979, p. 2. Souligné par nous.

[21Cf. Ben Kiernan, Le Génocide au Cambodge, 1975-1979. Race, idéologie, et pouvoir, Gallimard, Paris, 1998.

[22On peut lire ce compte rendu clinique d’un psychiatre français, en contact avec des réfugiés khmers : « (Les bourreaux) ignorent la dialectique et ne sauraient faire la différence entre un crime politique et un assassinat crapuleux. Ils n’ont pas été formés à l’école du parti (sic). Nombreux viennent des campagnes et furent avant tout de bons riziculteurs, de bons voisins aussi, partageant leurs maigres revenus avec leurs proches… sans haine, ni passion, sans désir de revanche sociale, sans plaisir non plus, ils tuent bien plus d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards que leur mémoire ne leur permet aujourd’hui de comptabiliser. Approximativement deux mille de ses propres mains, dira l’un d’entre eux… En fait, il ne sait pas, le nombre, il a oublié ». Quant à la classe dirigeante khmère rouge, dirigée par Pol Pot, elle « ne considérait les vivants destinés à la destruction que comme des cadavres en puissance » dans Richard Rechtman, « Faire mourir et ne pas laisser vivre. Remarques sur l’administration génocidaire de la mort », Revue française de psychanalyse, PUF, mars 2016, n° 1, tome LXXX, p. 137-148.

[23« La fin de la phase révolutionnaire bourgeoise dans le ‘Tiers Monde’ », Programme communiste n° 83, juillet-septembre 1980, p. 23-58.

[24Ibid.

[25Brochure n° 17, De la crise de la société bourgeoise à la révolution communiste mondiale. Manifeste du Parti Communiste International. 1981 (supplément au n° 332 du Prolétaire, 20 mars-2 avril 1982). Ce Manifeste devait être publié en 10 langues, dont le farsi, l’arabe et le turc.

[26C’est ce que souligna avec force dans les années 90, l’organe « programmiste » italien : « E’ al lavoro la talpa della ‘globalizzazione’ capitalistica », Il programma comunista n° 11/12, déc. 1997. En français : « La taupe de la ‘globalisation’ capitaliste est au travail », Cahiers internationalistes n° 5, Milan, printemps 1998, p. 1-3.

[27Ibid.

[28« Remarques sur notre propagande concernant l’OLP dans la situation présente », Le Prolétaire n° 363, 25 juin-15 juillet 1982, p. 2. L’article laissait entendre que l’organisation ne devait pas « se couper » de l’immigration arabe : « … dans les tragiques événements d’aujourd’hui, il est indispensable de partir non de la critique de l’OLP, mais du besoin de solidarité instinctive avec la résistance des combattants et des masses exploitées au Liban. On peut aujourd’hui partir sur ce terrain du besoin ressenti par une frange significative de prolétaires immigrés de riposter à l’attaque sioniste… ». Souligné par nous.

[29« Liban-Palestine. Axes d’un soutien militant », Le Prolétaire n° 363, 25 juin-15 juillet 1982, p. 2. Dans le même numéro, on peut lire « … tant que l’État mercenaire d’Israël sera debout, existera non seulement l’oppression au Moyen-Orient, mais aussi le principal pilier de l’ordre bourgeois et impérialiste dans la région » dans l’article « La lutte des combattants palestiniens et libanais est aussi notre lutte ! », ibid., p. 2.

[30Bruno Maffi : « Dal Libano al Golfo Persico si annuncia una storica svolta : dalle lotte per obiettivi borghesi e democratici alla lotta di classe proletaria », Il programma comunista n° 15, 24 juillet 1982.

[31Ce manifeste est publié dans la brochure : Partito comunista internazione (Il programma comunista), Il nemico delle masse sfruttatte palestinensi è anche il nostro !, Milan, juillet 1982.

[32Lettre de Torre Annunziata à l’UCI (Bureau central italien), 20 juillet 1982 (en traduction française).

[33« Enver Hodja », Que Faire ? n° 7, avril 1985 (organe central de l’Union des Communistes-Léninistes d’Algérie). Souligné par nous.

[34Lettre de Livio Vallillo à Bruno Maffi, publiée par Sandro Saggioro, op. cit., p. 332.

[35Publié avec le sous-titre : « Défense du marxisme », 24 janvier 1940, 62 pages.

[36Le centre du groupe allemand qui publiait le journal Proletarier (1978-1982) et la revue Kommunistisches Programm, se trouvait à Berlin. Un militant d’origine française vivait à Hambourg. Dans les années 2010 a surgi sur le web le groupe « Alter Maulwurf » (« Vieille Taupe »), strictement « programmiste » bordiguiste (introduction d’Elena et Reimund, 2016).

[37Le PCI, sous l’autorité de son Bureau international milanais, publiait en espagnol le journal El Proletario, le bulletin Espartaco pour le Venezuela, la revue théorique El programa comunista. En portugais-brésilien, fut publiée la revue bimestrielle Proletário. Pour la Bolivie, le PCI publia, quelques mois avant son effondrement, la brochure La Epopeya del proletariado boliviano. La lucha de clases en Bolivia hasta 1981, Cuadernos de El Proletario n° 1, SARO, Paris, janvier 1982.

[38Un militant turc du PCI publiait (probablement en Suisse) le bulletin Enternasyonalist Proleter (Prolétaire internationaliste).

[39Κομμουνιστικό Πρόγραμμα (Kommounistiko Programma), revue théorique.

[40Lettre de la section de Turin au Centre, 30 mars 1981, citée par Sandro Saggioro, In attesa..., op. cit., p. 310.

[41« Basi di adesione », L’Internazionalista, Turin, oct. 1983. Cette revue portait le même nom que celle publiée par le Groupe communiste internationaliste autonome de 1975 à 1990 à Milan. Ce groupe provenait d’une scission (1965) du PCInt – Rivoluzione comunista de Calogero Lanzafame.

[42Riccardo Salvador, retraité, avait fondé la section de Schio en 1966, à son retour de Suisse. Dans les années 80, il fit sécession puis revint au « parti » de Maffi. En 1987, une partie du groupe fit aussi défection. Enfin, en 2005, une partie de la section fait de nouveau sécession et publie le bulletin Partito Comunista Internazionale. Sul filo rosso del tempo. Alessandro Mantovani et Luc Thibault (Dominique) participèrent aux activités de la section de Schio.

[43Le numéro 89 de la revue reparaît en mai 1987, presque cinq ans après le numéro 88, avec comme mot d’ordre : « Nous aurons les lendemains que nous aurons su préparer ! ».

[44« Face à la crise du parti, notre bataille politique continue ! », Le Prolétaire n° 367, 12 nov. – 10 déc. 1982, article dont l’amorce est : « À la fin des années 70, notre optimisme militant s’est heurté à la complexité des faits historiques ».

[45En France, l’Organisation communiste libertaire (OCL), qui publie depuis 1979 Courant alternatif, se définit comme « mouvementiste ».

[46Un militant ayant rompu avec le PCInt [Roland Laffitte, dit Paul], Après l’éclatement du PCint (Programme communiste), revenons au marxisme révolutionnaire !, 24 février 1983. Souligné par nous.

[47Cf. le discours de Mao-Tse-Toung, tenu en période des « Cent-Fleurs » : « De la juste solution des contradictions au sein du peuple », où l’on peut lire : « Il arrive souvent qu’au début ce qui est juste et bon ne soit pas reconnu pour une ‘fleur odorante’, mais considéré comme une ‘herbe vénéneuse’… il nous faut entreprendre un travail d’explication parmi notre peuple, et en premier lieu parmi les cadres, afin de les aider à comprendre les contradictions de la société socialiste et de leur apprendre à les résoudre par des méthodes justes » dans Quotidien du peuple (人民日报), 19 juin 1957.

[48En 1987, l’adresse de Strasbourg disparaît ; elle est remplacée par celles de Lyon et Lausanne. Cf. « L’expédientisme contre le Parti », Le Prolétaire n° 390, mars-avril 1987.

[49Le Prolétaire n° 377, Paris, mai 1984. L’article croit utile de préciser, dans une trop courte parenthèse (p. 5), que « lutter pour sa destruction totale… ne signifie évidemment pas l’élimination de la population juive comme l’affirme la propagande sioniste ».

[50« Trêve à Gaza : L’impérialisme ne connaît que des trêves entre les guerres. Seule la révolution prolétarienne internationale pourra apporter la paix au monde », Le Prolétaire n° 505, Lyon, nov.-déc. 2012, p. 1 et 2.

[51Partito comunista internazionale-Sul filo del tempo, Schio, depuis 2005 : http://www.sinistracomunistainternazionale.it/ ; La freccia nel tempo (La Flèche du temps), qui se dédie, entre autres, « à la reconstruction de la mémoire du parcours millénaire du Parti des origines à 1848 » (sic) et au bilan de la crise interne de 1982 : http://www.sinistracomunistainternaz.it/ ; Nucleo comunista internazionalista, qui provient du groupe « programmiste » du Frioul, dirigé par Paolo Turco, qui fit sécession en 1977 : http://www.nucleocom.org/

[52« 3-18 marzo 1921 – Kronstadt : una tragica necessità », Bolletino n° 28, février 2000. L’article reprenait celui de Programme communiste paru presque 20 ans auparavant (n° 88, mai 1982), p. 41-52 qui assimilait les événements, dont les grèves de Petrograd, à « une contre-révolution petite-bourgeoise ». Cette vision continue à être reprise par le PCI (Le Prolétaire/Il Comunista) : « À propos de Cronstadt. Violence, terreur, dictature, armes indispensables du pouvoir prolétarien », Le Prolétaire nos 458 et 459, 2001. La conclusion est très claire : « il ne peut y avoir abandon volontaire du pouvoir », si un « parti prolétarien » dirigeant « l’État prolétarien » affronte le prolétariat qu’il est censé « représenter ».

[53« Le tesi di Roma, 1922 ». – « Schema di programma del Partito Comunista Internazionalista presentato dal C. C. (Nov. 1944) », Ed. Partito comunista internazionalista, 1945, 32 pages.

[54« Riprendendo il cammino », Il programma comunista n° 1, 8 fév. 1984.

[55Sandro Saggioro, In attesa..., p. 333-342.

[56Lettre de Bruno Maffi à Riccardo Salvador, 31 mai 1987, ibid., p. 343. Souligné par nous.

[57La tendance « Il Comunista »-« Le Prolétaire », sans citer l’existence d’un capital israélien et mondial, affirme que « ce sont les Israéliens qui oppriment la population palestinienne » [« Les variations d’Il Programma Comunista sur la ‘question nationale’ », Programme communiste n° 99, fév. 2006]. D’où l’on peut déduire que la ‘macédoine’ des ouvriers israéliens (qui sont aussi arabes, d’origine russe, yéménite ou éthiopienne, etc.) oppriment la « population palestinienne » et cessent d’être exploités par le capital mondial…

[58Parti des travailleurs du Kurdistan (Partiya Karkerên Kurdistan) dont l’idéologie d’origine était le « marxisme-léninisme ». Pendant la bataille de Kobané (2014-2015) contre Daesh, les miliciens du PKK et du PYD (Parti de l’Union démocratique) ont reçu l’aide de groupes anarchistes et socialistes de Turquie, qui ont rejoint ses rangs en Syrie. Après avoir longtemps considéré les peshmergas comme terroristes, les USA leur donnaient tout leur appui : en octobre 2014, ils ravitaillaient par air en armes, munitions et matériel médical les YPG (Unités de défense populaire kurdes), proches du PKK.

[59Il programma comunista n° 1, 1994. Texte en anglais (Internationalist Papers n° 8, printemps-été 1999) sur le site web sinistra net : The Kurdish Question (http://www.sinistra.net/lib/upt/intpap/pitu/pituccocie.html). En français : « Quelles sont les perspectives d’émancipation pour le peuple kurde martyr ? », Cahiers internationalistes n° 1, Paris, mai 1994, p. 32-37.

[60Ibid.

[61« Ivrea. Appello per l’emergenza umanitaria in Kurdistan », 18 août 2014 : http://12alle12.it/ivrea-appello-per-lemergenza-umanitaria-in-kurdistan-86464. Veronica était devenue auparavant conseillère « verte » à Ivrea.

[62« La questione palestinense e il movimento operaio internazionale », Il programma comunista n° 9, Milan, 20 oct. 2000, p. 12.

[63« Fuori e contro gli attuali sindacati », Il Partito Comunista n° 64, Florence, 1979.

[64« Caso Ocalan », Il Partito Comunista n° 265, février-mars 1999, p. 1 et 4.

[65« Dopo gli attentati di Parigi : terrorismo borghese », Il Partito Comunista n° 374, nov.-déc. 2015, p. 1.

[66Il Comunista, Medio Oriente, “Questione palestinese et Marxismo”. Le posizioni del Partito comunista internazionale nella continuità terorica e politica. Reprint : “il comunista”, maggio 2024, Milano, n° 19.