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Mégafeux incontrôlables de l’impérialisme mondial

 

Guerre russo-ukrainienne depuis le 24 février 2022, guerres récurrentes au Proche- et au Moyen-Orient de 1948 à 2023, guerres en gestation en Extrême-Orient sous la houlette de la Chine et des USA… Il s’agit bel et bien de guerres impérialistes pour le repartage du monde capitaliste au profit d’un camp ou d’un autre. Ces conflits dont les populations civiles sont les premières victimes embrasent le monde entier, tels des mégafeux totalement incontrôlables, mais parfaitement prévisibles !

 

Le chaudron de sorcières des antagonismes impérialistes

 

La nième guerre impérialiste qui saigne Israël et les territoires palestiniens n’a pas comme seuls agents responsables l’extrême droite mafieuse de Benyamin Netanyahou et de ses affidés, ainsi que la mafia terroriste du Hamas. Celle-ci, depuis 2007, dirige (et terrorise) l’enclave de Gaza (360 km2) – tout d’abord avec la bénédiction d’Israël [1] !

Netanyahou déclarait cyniquement, devant les parlementaires israéliens, en mars 2019 :

"Quiconque veut contrecarrer la création d’un État palestinien doit soutenir notre politique de renforcement du Hamas et du transfert d’argent au Hamas. Cela participe de notre stratégie : isoler les Palestiniens de Gaza de ceux de Cisjordanie".

Le Hamas, malgré son soutien par plus de la moitié de la population palestinienne, n’existerait pas sans le soutien financier et militaire actif du Qatar sunnite, de l’Iran chiite, de l’entité étatique du Hezbollah (Parti d’Allah !) au Liban, ainsi que de la Turquie d’Erdoğan qui rêve de reconstituer le défunt Empire ottoman !

La guerre initiée par le Hamas le samedi 7 octobre 2023, en plein shabbat, avec l’appui jamais démenti de l’Iran (qui année après année massacre sa propre population) était parfaitement prévisible. Les services de sécurité égyptiens avaient annoncé quelques jours auparavant que le « Hamas préparait quelque chose de gigantesque » [2] .

Point besoin d’être devin pour savoir que l’armée israélienne, à 50 ou 70%, est mobilisée depuis fort longtemps pour quadriller la Cisjordanie et protéger les rapines, voire les meurtres commis régulièrement par les colons contre les Palestiniens [3] ! Avant comme après le 7 octobre, le but des colons et de l’armée d’occupation est clairement « le transfert, l’expulsion des Palestiniens » – hors du fantasmatique « Grand Israël » – vers la Jordanie et l’Égypte [4] . Un nettoyage ethnique déjà pratiqué avec un complet succès lors des guerres de partage de l’ex-Yougoslavie dans les années 90.

La situation désespérante et sans issue, léguée tant par les extrémistes à la tête l’Israël que par l’islamisme terroriste manipulé par l’Iran et le Hezbollah, n’a fait qu’ajouter une mèche de plus posée au plus près des poudrières de la guerre impérialiste.

Comme pour la guerre en Ukraine, les blocs impérialistes se durcissent par le fer et par le feu, même si les protagonistes hésitent à prendre trop ouvertement parti pour Israël ou le Hamas, compte tenu de la multiplication des exactions et massacres de part et d’autre.

En tout cas, septembre 23 est bien un septembre noir autant pour les civils israéliens que pour les civils palestiniens. Ce sont d’abord des actes d’une sauvagerie inouïe commis contre la population juive (des milliers de morts et des milliers de blessés), des travailleurs de kibboutz, et même de pacifiques travailleurs immigrés thaïlandais et étudiants népalais [5] .

Mais ce sont aussi, les milliers de civils arabo-palestiniens tués, d’abord à Gaza par des bombardements incessants de l’aviation israélienne (au moins 7 000 morts, dont de nombreux enfants), mais aussi en Cisjordanie où les 500 000 colons israéliens occupent militairement les terres appartenant à la population palestinienne.

Le sanglant dictateur Poutine dénonce maintenant, avec un incroyable toupet, l’attitude d’Israël qui a mis en place un impitoyable blocus de Gaza accompagné de bombardements sauvages de la population civile et même des infrastructures médicales. Poutine a comparé le blocus de Gaza au blocus de Leningrad par les nazis pendant la seconde guerre mondiale ! Pourtant, sur ce terrain, le régime de Poutine-Lavrov-Medvedev – même privé des mercenaires de Prigojine – est bien plus rodé dans le crime que celui de Netanyahou. En Tchétchénie – dont le conflit remonte à la période Eltsine – un ultimatum lancé le 6 décembre 1999 avait ordonné à tous les habitants de Grozny de quitter la ville sous peine d’être traités comme des terroristes, et donc exterminés. Le général Kazantsev avait même décrété le 11 janvier 2000 que « seuls les enfants de moins de 10 ans, les hommes de plus de 65 ans et les femmes seraient considérés comme des réfugiés », les autres devenant des terroristes de facto. Les deux conflits tchétchènes menés d’abord par Eltsine, puis par son successeur Poutine, firent en tout 25 000 morts du côté tchétchène et assimilés. Du côté russe, il y eut 15 000 morts, un chiffre supérieur à celui des pertes subies en Afghanistan par l’armée soviétique. D’après l’ONG Memorial, dissoute par le régime Poutine en décembre 2021, les pertes tchétchènes équivaudraient au quart de la population recensée avant la guerre.

On peut mentionner aussi, lors du conflit russo-ukrainien, le blocus de Marioupol par l’armée de Poutine, du 24 février au 20 mai 2022. Le 9 mars 2022, l’armée russe bombarde délibérément la maternité de Marioupol et son hôpital pédiatrique. Le bilan est de trois morts, dont une petite fille, sans compter les blessés. La frappe aérienne intervient alors qu’un cessez-le-feu a été annoncé pour permettre l’évacuation de la population civile dans un corridor humanitaire. Privés en plus d’eau et d’électricité (comme maintenant les Gazaouis), au moins 25 000 personnes ont été tuées lors des combats à Marioupol et 5 000 à 7 000 d’entre périrent sous les décombres après le bombardement de leur maison. Dans le reste de l’Ukraine, le bombardement des hôpitaux est une marque de fabrique de la Maison Poutine...

La Chine de Xi Jinping, « alliée stratégique » de la Russie de Poutine, s’est crue obligée, sans rire, de « condamner les actions portant atteinte à des civils » à Gaza. Pourtant, depuis 2018, l’ONU et les ONG sont obligés de parler de la mise en camp de concentration d’environ un million d’Ouïghours, qualifiés de « terroristes » et réduits à l’état de sous-hommes esclaves à vie de l’industrie capitaliste chinoise. Un acte qualifié par l’ONU, une fois n’est pas coutume, de « crime contre l’humanité » [6] .

On ne sera nullement surpris que les USA soutiennent inconditionnellement leur « allié stratégique » israélien, même sous la coupe de l’extrême droite colon, surtout après l’appui officiel donné par le parti de Donald Trump à la politique d’annexions de Netanyahou.

Néanmoins, Jo Biden, revêtant son plus beau costume de Tartuffe, celui du zélote de la « démocratie américaine », affirme que l’occupation de Gaza par Tsahal serait « une grave erreur », une atteinte à la « bonne image » de la « démocratie » yankee porteuse des « vraies valeurs » du « monde libre » capitaliste libéral. Mais c’est toujours pour approuver in fine toute la politique de la Maison Netanyahou...

Durant cette guerre d’octobre 2023, nul ne s’est hasardé à rappeler les odieux crimes commis, au nom de la « démocratie », par George W. Bush et Tony Blair qui ont déclenché, contre l’avis de l’ONU, la guerre en Irak le 20 mars 2003. L’opération militaire, nommée « Liberté pour l’Irak » – traduction : « totale liberté pour les compagnies pétrolières américaines » – s’est traduite par une hécatombe de civils : de 185 000 à 208 000 civils irakiens furent tués durant ce conflit. De son côté, l’armée américaine a déploré 4 500 militaires tués (et plus de 32 000 blessés) en Irak.

De 2003 à 2023, le monde connaît une suite ininterrompue de guerres qui ne font que recomposer les forces en présence pour la totale domination du monde capitaliste par un camp ou par un autre.

 

Conséquences géopolitiques de la guerre depuis mars 2022 et la marche vers la 3ème GM

 

(À suivre)

 

P.B. / Pantopolis, 18-20 octobre 2023

 

[1Elie Barnavi, historien et diplomate israélien, ‘Netanyahou nous a menés au désastre’, L’Humanité, 16 oct. 2023.

[2The Times of Israel, 9 oct. 2023.

[3Le Monde, 18 oct. 2023 : ‘Guerre Israël-Hamas – Pour défendre la paix, il faut d’abord reconnaître qu’une vie vaut une autre vie’.

[4Le Monde, 21-22 octobre 2023, ‘En Cisjordanie, des Palestiniens déplacés – Les expulsions forcées de Bédouins par les colons et l’armée israélienne s’accélèrent à la faveur de la guerre’.

[5Cf. l’article du « Monde » (13 oct. 2023) note que ces ouvriers immigrés exploités par le capital israélien « sont environ 30 000 à être employés dans des fermes et des kibboutz, dont 5.000 autour de la bande de Gaza ».

[6Voir – parmi de nombreux autres rapports officiels (ONU ou ONG) – le rapport de Human Rights Watch sur les Ouïghours.